janvier 08

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De nouvelles perspectives avec Thamel

Le garçon est attachant. L’artiste l’est tout autant. C’est sous une toute autre forme que Jérôme Mardaga nous dévoile son projet « ambient » : Thamel. Laissons de côté Jeronimo ou les collaborations des dernières années (Hugo, Olivier Juprelle, The Loved Drones, Everyone Is Guilty ou Mark Gardener). Et entrons avec lui dans le domaine des notes tenues et des résonances synthétiques.

Jérôme n’est pas qu’un excellent guitariste. Il tient depuis quelques années une chronique intitulée « Icônes Électriques » dans le supplément belge du Vif. Ces derniers mois fleurissaient des billets sur Siavash Amini, R Beny, William Basinski, Suzanne Ciani ou Laurie Spiegel. Ces choix singuliers préfiguraient la nouvelle aventure musicale entamée en 2015 lors d’une tournée en Chine. Duna, l’aboutissement de ces explorations, tient actuellement sur support cassette audio avec neuf plages instrumentales marquées de circuits imprimés. Cette bande-son nous inspire une carte musicale électronique faite de paysages empreints de voyages aux confins de l’Europe. L’artiste est influencé par ses périples sur la planète et dans la nature. On retrouve cette essence dans certaines plages comme Margit, Grafika Domestika ou Hotel Gellert. Ces titres évoquent notamment ses découvertes durant l’enfance:  Jean-Michel Jarre, Tangerine Dream ou Vangelis. Pour nous, ce sont Juliana Barwick, Brian Eno ou Boards of Canada qui résonnent à nos oreilles.

Thamel aura bien un prolongement live. Des sets sont prévus en 2018. On pourra apprécier cette soif d’évasion à Ramelot ce 19 janvier « Au coin du Feu! » via les Deux Ours. Nous terminons notre papier avec l’échange que nous a accordé Jérôme à l’occasion de la sortie de Duna. Signalons que l’album verra d’ici peu une sortie en vinyle.

Nous voyons Thamel comme un projet d’artisan, d’orfèvre du son. En quoi ces productions se rapprochent plus de Jérôme Mardaga et non de Jeronimo?

Ah la nomenclature… Thamel, Jeronimo, Jérôme Marda ga, c’est la même chose. C’est l’histoire d’un passionné de musique qui a l’envie de partager son voyage musical. Et ce voyage traverse des paysages très divers. Donc différents registres musicaux sont abordés au cours du voyage. Cela peut paraître confus, brouillé mais peu m’importe. Je n’aime trop pas les lignes droites et les marques déposées ni les recettes. Tout est lié. Pour exemple, un titre de Thamel a servi de base pour une nouvelle chanson de Jeronimo. Qui au final paraîtra probablement sous mes vrais nom et prénom. Et ce même titre est réapparu dans le concert de Thamel sous encore une autre forme. J’en reviens au début, c’est la même chose, le même travail, la même passion. Comme des cercles entrelacés. 

Nous connaissons le chroniqueur passionné de musique (Icônes Électriques dans le supplément weekend du Vif). Quelles sont les influences de Thamel?

Les voyages, les gens, les paysages , les relations aux gens et aux choses, les animaux, la géographie, les conditions atmosphériques… La technologie. Certaines machines, telles l’ARP Odyssey ou le Buchla Music Easel, de part leurs conceptions et leurs modes de fonctionnement, influencent fortement mon travail. L’écho et la réverbération aussi, qui sont à la base des phénomènes acoustiques naturels. Je pourrais aussi citer la littérature et le cinéma. Ou des états d’esprits, des colères, des sommeils. Tout m’influence quand je suis en état d’éveil. Et ce dans chacun de mes projets. 

Après plusieurs écoutes, nous relions Thamel à VangelisBoards of Canada ou Juliana Barwick. Vois-tu d’autres noms à citer et qu’en penses-tu?

Vangelis, c’était l’enfance, 9 ou 10 ans par là. Avant Blade Runner et les Chariots de Feu. Ses musiques avaient un gros effet sur mon imaginaire, je pense à « Spiral » ou à « Albedo 439 ». Boards of Canada et Juliana Barwick, je connais mais de loin. Ce ne sont pas mes préférés. Il y a bien sûr Alessandro Cortini, figure attachante et incontournable. Rafael Anton Irisarri, Caterina Barbieri, Siavash Amini, Kaithlin Aurelia Smith, je pourrais continuer la liste des jours durant. La « scène ambiante » est à la fois vaste, foisonnante et confidentielle. C’est pour moi avant toute chose, une autre façon de vivre la musique. Loin de l’ego pop-rock et de son imagerie plutôt infantile qui ne semble crier que : « admire moi ! ». Alors que la musique ambiante te chuchote : « viens avec moi ». Une libération, une invitation. Une relation intime, sans publicité ni superlatifs, ni chiffres à l’appui. Une musique libre. 

Nous percevons également l’empreinte de tes voyages dans ce projet. Quels sont les lieux qui apportent des sonorités à Duna?

La Chine a été une étape importante. C’est au cours d’une longue et éprouvante tournée là-bas que j’ai replongé pour de bon dans la musique ambiante électronique. C’était devenu ma bande-son et une fois rentré au pays, j’ai poursuivi ce processus de découverte de ce style musical qui m’était si cher lorsque j’étais enfant. J’ai la chance de voyager souvent, New York, Prague, Rome, Budapest, Denver, en passant par Le Havre ou le Lac de Garde… Tout ceci en moins d’un an. Tous les titres de l’album sont en hongrois. Parce que je me trouvais à Budapest quand le label Koridor m’a demandé de sortir l’album. 

Nous te sentons libéré via Thamel. Imagines-tu une suite à Duna et sous quelle forme?

La suite de Duna se déroule tous les jours. Vers 9 heures du matin je branche les machines et la musique apparaît. Je travaille souvent au hasard et parfois l’inspiration frappe à la porte. Mais c’est avant tout un travail personnel et privé. Une démarche qui n’a d’autre but que l’apprentissage d’instruments étranges comme le Music Easel par exemple, et les sensations que cela procure. J’enregistre tout et dans un second temps, je vois si certaines choses sont bonnes à être publiées. Dans un troisième temps je retravaille la matière première en vue d’une sortie ou d’un concert. Donc oui bien sûr il y aura une suite, que j’espère longue et belle. Et assez régulière. Pour le moment nous parlons d’un vinyle avec le label. Qui pourrait sortir assez vite.