Demon Dayz (Gorillaz) @ Dreamland, Margate

En ce béni 10 Juin 2017, j’allais pour la première fois voir Gorillaz en live après divers rendez-vous manqués il y’a une dizaine d’années. A savoir que c’est Gorillaz qui m’a intéressé à Damon Albarn, puis fait découvrir Blur, que j’ai maintenant maintes fois vus et au moins toujours une fois en Angleterre. Il était donc temps pour moi d’accomplir cela avec Gorillaz.

Avant l’annonce d’une tournée européenne, Gorillaz nous annonçait donc la création du Demon Dayz, un festival se tenant dans le Kent (sud-est). Plus précisément à Margate, une petite ville côtière et touristique de 57 000 habitants avec notamment Canterbury pour point de ralliement à 40 minutes de route.

La plus grande particularité des lieux étant que le « festival » se trouvait au beau milieu du parc d’attractions de Dreamland. La petite dizaine d’attractions (grande roue, toboggans, carrousels, auto-tamponneuses) étaient à la disposition gratuite des festivaliers. Il ne fallait surtout pas être à la recherche de sensations fortes mais c’était bien assez ludique pour amuser tout le monde sous ce beau soleil. De mon côté, n’en ayant pas profité je peux simplement noter que le bruit inaudible des attractions n’ont jamais perturbé les concerts.

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J’étais surtout présent à cette date exceptionnelle car elle nous promettait la présence de (quasi) tous les participants du dernier album Humanz en plus d’y voir des artistes se répartir sur 3 scènes au cours de la journée. Avec les fréquentations de Damon Albarn on pouvait en espérer beaucoup (Graham Coxon, Noel Gallagher, etc ?). Le line-up n’aura finalement été concentré que sur des artistes issues de la culture hip-hop avec De La Soul, Kano, Danny Brown, etc. Un manque de diversité musicale qu’on pourrait reprocher à ce Demon Dayz, même si nous étions au final tous ici pour Gorillaz.

Les artistes se répartissaient sur 3 scènes : La scène principale avec les têtes d’affiches dont De La Soul, Vince Staples et Kano. Une scène secondaire en salle de capacité restreinte avec Popcaan, Little Simz, Danny Brown, etc. Et une troisième scène avec un grand terrain en herbe (que je n’ai jamais vu en activité) pour se poser et s’allonger tranquillement devant semble t’il des DJs shows et spectacles dont Gorillaz Sound System.

DSC08822J’ai pour ma part débuté avec Kilo Kish qui participe à Out Of Body (morceau bonus) sur Humanz. Une artiste multi-facettes musicalement déjà bien accomplie avec un R&B électronique entrainant qui pourrait faire penser à FKA Twigs, Kelela, Nao. Ou encore The Internet & Childish Gambino qui ont déjà collaboré avec l’artiste new-yorkaise. Sa prestation s’accompagne d’une mise en scène en solo théâtrale vivante et réussie (elle tombe et se jette au sol, etc) dans un décor minimaliste avec rien de plus qu’une chaise ou un téléphone par exemple. Le clip Existensial Crisis Hour est une bonne représentation de son art décalé. Cela suscite en tout cas mon intérêt pour son album Reflections in Real Time sorti en 2016.

 

DSC08835Je voulais ensuite rester pour Popcaan, mais son retard puis son début de concert poussif consistant surtout à mettre l’ambiance m’a fait quitter cette scène. Je n’aurais pas dit non à l’idée de voir Kali Uchis ou Danny Brown mais le reste de ma journée se passera finalement exclusivement devant la scène principale.

J’ai d’abord vu De La Soul, eux aussi insistant avec le public pour créer une ambiance cool devant une audience réceptive. Néanmoins mon appréciation des concerts sur la grande scène en festival est toujours mitigée, qui plus est en début de journée. Ayant vu le groupe en salle en clôture d’une journée de Way Out West, aussi sympa soit-il ce concert ne pouvait décidément pas me marquer autant qu’il le mérite.

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Un constat qui ne pourra pas être plus enthousiasmant avec le tourmenté Vince Staples. Pour rentrer dans son univers sombre,  ni le soleil ni une grande scène n’étaient propices à nous aider. C’est dommage car ça semble pourtant pas mal. Et d’ailleurs son feat. avec Gorillaz pour Ascension est meilleur que celui de Kilo Kish. Mais faire vivre une scène aussi grande sans aucun musicien sur scène ne faisait que ressortir la nonchalance d’un artiste trop esseulé. Heureusement être dans les premiers rangs atténuait un peu mon ressenti. On aurait pu imaginer un échange de scène entre Popcaan et Vince Staples pour coller un peu plus aux aspirations des deux artistes.

L’autre réelle très bonne surprise de cette journée après Kilo Kish viendra de Kano. L’artiste londonien est considéré avec Skepta comme l’un des plus grands contributeurs du grime, un mélange de drum and bass & hip-hop. On change de monde avec les deux artistes précédents puisqu’ici on a un gros live-band pour l’accompagner avec instruments à vent, etc. Dans un autre style, c’était de quoi me rappeler la jouissance auditive d’un concert de Kamasi Washington. Le public ne s’y trompait pas avec une bien plus grande connaissance de l’artiste que moi-même.

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C’est maintenant l’heure de Gorillaz ! Une ribambelle de « faucheuses » déjà aperçues pendant la journée se dirigent vers la scène. On comprend alors que des membres du groupe ont pu se balader dans Dreamland pendant la journée. Les artistes se dévêtissent après les premières minutes du show et révèlent les visages du groupe dont Damon Albarn. Ils se sont fait un petit trip.

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Ce n’est pas moins de 27 morceaux qui vont être joués par le groupe dont 14 featurings soit environ autant de titres de l’album Humanz. En sus des artistes déjà présents dans le line-up de la journée, nous avons eu Grace Jones (dispensable), Graham Coxon sur 2 morceaux, Shaun Ryder sur Dare (indispensable!), Kelela et Johnny Beth. Noel Gallagher n’était donc pas là, ni Benjamin ClementineHallelujah Money n’a en conséquence pas été joué, ce qui n’est pas une mauvaise nouvelle. Mais contrairement à ce qui semble se dégager comme une majorité, je dois préciser que pour ma part j’ai aimé l’album donc j’ai accueilli tous ces nouveaux morceaux avec plaisir dans la setlist.

On a quand même eu du Last Living Souls, Rhinestone Eyes, El Manana, Dirty Harry, Kids With Guns, Demon Days et les classiques tubes pour compléter cela. Donc une très belle couverture de l’album Demon Days. Pour Plastic Beach, la setlist ne pouvait pas se passer de Stylo (hommage à Bobby Womack) mais c’est peut-être l’une des rares présences que j’ai pu regretter. C’était donc une setlist sans passage faible qui a donné un rythme effréné au concert.

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C’est d’ailleurs l’une des premières réflexions que j’ai eu : L’enchainement des titres, notamment au début. Les morceaux et featurings s’enchainaient successivement sans laisser deux secondes de blanc, renforçant le côté rouleau compresseur du concert et la transe du public. Une transe fortement partagée avec Damon Albarn, toujours aussi habité sur scène. Ces choses mis bout à bout ont finalement fait passer pour secondaire les visuels de Jamie Hewlett, présent et dont Damon n’a pas hésité à informer de sa localisation pour lui demander des photos et autographes.

D’un concert parfait de bout en bout, il est difficile de retenir des passages en particulier mais je vais le faire : Le passage de Shaun Ryder sur Dare était notable puisqu’en rare représentation, contrairement à Feel Good Inc. entendu sur les tournées solo de Damon Albarn & De La Soul. C’était un privilège ce soir de l’avoir. J’adore sinon la sensualité d’Albarn et Kali Uchis sur She’s My Collar. Ou encore le passage déchainé de Jehnny Beth sur les premiers rangs du public pour We Got The Power.

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Ce festival est donc une grande réussite, qu’on espère voir pourquoi pas annuellement, même avec une autre tête d’affiche que Gorillaz car le lieu est juste cool. C’est un concept qui semble se démocratiser : cf. The National qui « organise » sa journée au Pitchfork Paris, Arcade Fire a également déjà fait ça en Amérique du Nord je crois. Malgré quelques doutes de départ sur le line-up j’aurais aussi pu voir Little Simz et Danny Brown dans la salle Hall By The Sea. Cela m’aurait couté ma bonne place pour Gorillaz mais on avait un vrai choix qualitatif à notre disposition.

J’attends maintenant de voir le groupe en salle (à Paris ou Genève) pour y constater les différences. Les autres concerts de la tournée ont déjà débuté en Pologne et Hongrie avec près d’une dizaine de featurings en moins, peut-être en conséquence une meilleure occasion de profiter des visuels.

Vous pouvez retrouver des belles photos et vidéos de l’événement en suivant le lien du site officiel : https://demondayzfestival.com/