Cigarettes after sex – Cigarettes after sex

 

Un T-shirt estampillé Fila, un jeans taille haute délavé et des lunettes rétro bien posées sur sa frange fraichement coupée, Marie, 22 ans, dévalise une bibliothèque d’images 2.0 sur son Smartphone. Elle recherche cette perle rare tant convoitée, cette chaise au design industriel, ce vinyle original d’un album des Cure ou cette réédition de chez Polaroid.

La mode est cyclique, et adaptés avec brio, classe et humilité, les éléments marquants d’une génération passée sont un gage inévitable de succès. Jusque là, aucun scoop d’envergure à l’horizon, si ce n’est que l’on vient de vous dévoiler la recette précise du dernier album – éponyme – de Cigarettes After Sex.

Les « slows », ces ballades d’hier des Scorpions, Bonnie Tyler ou REO Speedwagon, pourtant très privilégiés par DJ Kevin le samedi à 3h du matin à la kermesse du village pourraient à juste titre paraître un brin ringarde à Marie, célibataire de surcroit. De « Sunday Morning » de Reed et Cale à « Damaged » des Primal Scream, tous s’y sont pourtant essayés. Et si le « slow way of life », le « slow listening » et tout ce que Femmes d’Aujourd’hui essaye de faire bouffer à Marie est revenu au premier plan en 2017. Il n’en va pas autrement pour la musique. D’où le retour triomphant du Shoegaze, d’où les beats de moins en moins effrénés dans certaines franges du hip hop, d’où ce chef d’oeuvre sur lequel je ne vous en ai, à mon grand regret, pas encore assez dit.

La genèse de Cigarettes after Sex, l’album et le groupe, est bien une idée ambiante de la manière de faire de la musique. N’entendez pas ici ambiante au sens des mélodies d’ascenseur que nous adorons tous détester, mais bien au sens vénérable du terme. Dans un exercice de justesse où la dichotomie entre continuité et monotonie est parfaitement exécutée, Gonzalez et sa bande nous donnent leurs conceptions d’un big bang. Un phénomène physique où les électrons que sont l’amour, le sexe, la passion, l’attention, la beauté, l’esthétisme, la sensualité et la magnificence s’entrechoquent pour nous livrer un résultat d’une merveille absolue. Cette voix si particulière, un peu à la manière d’un Asaf Avidan, brouille les pistes et accompagne, séduit et nous fait craquer sous cet esthétisme androgyne irrésistible. Le groupe américain confirme donc toutes les attentes placées en eux ainsi que l’excitation digitale qui s’était déclenchée à la suite de leur 1er EP, nommé de manière tout aussi épurée que l’univers qui les entoure : « EP 1. ».

Le fait qu’une partie de l’album puisse avoir été enregistré dans une cage d’escalier d’un cinéma, qu’il mit des années à être élaboré de par la peur de l’échec suite à toute cette émulation inattendue, qu’un univers nébuleux black & white prolonge, définisse avec tant de dextérité le microcosme cosmique autour de ces quatre gars. Tous ces petits détails ne sont que les bribes d’excitations supplémentaires qui viennent achever l’étape de séduction du groupe américain. C’est le baiser après le tango endiablé, l’orage rafraichissant après la nuit transpirante, la cigarette, après une nuit torride.

 

Si l’on peut bien trouver une particularité à cet album, c’est de transformer des adjectifs à caractère péjoratif ou disgracieux en qualificatifs élogieux. Marie pourra donc parler de cet album comme hypnotique, ambiant, somnambule ou atmosphérique, mais certainement pas au même titre que les morceaux lâchés par DJ Kevin après 2 râteaux, 13 bières et 2 fricadelles.

Histoire de pouvoir le lui prouver

Keep on loving you – Cover de REO Speedwagon