mars 09

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GRANDADDY – LAST PLACE

lytle

Jason Lytle – crédit photo : Jeff Hawe, pour Anti Records

Grandaddy est de retour ! Onze ans après le dernier album du groupe, Just Like the Fambly Cat, les Californiens de Modesto ont décidé de se reformer pour au moins deux nouveaux albums, chez 30th Century Records, le label de Danger Mouse. En vérité, Grandaddy n’a jamais vraiment disparu. Jason Lytle, compositeur, songwriter et producteur des albums du groupe, a multiplié les projets au cours de la dernière décennie (deux albums solo, mais ceux de Grandaddy l’ont presque toujours été ; un album en commun avec Earlimart sous le nom d’Admiral Radley ; une participation au projet Dark Night of the Soul avec Danger Mouse et Sparklehorse ; la production du dernier Band of Horses …). Pour autant, l’arrivée de Last Place, cinquième album studio de Grandaddy, est un événement dans le monde de la musique indépendante. Il fait suite à une reformation live, en 2012, pour quelques dates et festivals en Europe et en Amérique du Nord.

 

 

Tuons le suspense tout de suite : Last Place est une belle réussite, et dès les premières notes de Way We Won’t, on est en terrain connu (le clip vaut lui aussi le détour). Et le cœur bat, et le sourire éclaire le visage : « ils sont de retour !!! ». D’ailleurs, Jason Lytle ne s’en est pas caché, cet album est un peu un exercice de style, il souhaitait qu’il sonne comme du Grandaddy. Très marqué par la fin d’une longue relation amoureuse, Lytle s’est donné un nouveau but : faire plaisir à des fans pour qui, il le sait, sa musique compte beaucoup (mais genre, beaucoup). Plusieurs chansons ont ainsi été retravaillées avec, en tête, toujours cette question : « comment sonneraient-elles sur un album de Grandaddy ? ».

Pari tenu. On retrouve sur Last Place tout ce qui fait le charme et l’originalité du groupe. Jason Lytle est un formidable mélodiste et un grand producteur, il le prouve une nouvelle fois. Difficile de résister au synthé accrocheur des trois premiers titres, Way We Won’t (coucou, am.180 !), Brush With the Wild et Evermore. Et ces changements de rythme bien sentis (The Boat is in The Barn, Chek Injin) ! Et ces envolées, crescendo, où des harmonies soignées se confondent avec des nappes de synthé olympiennes (That’s What you Get for Gettin’ Outta Bed, This is The Part, A Lost Machine) ! Et cette voix, tellement chaleureuse. Tout y est, Chek Injin rappelle même le style assez punk-rock, noisy, des premières cassettes du groupe, au début des années 90. Jed, le robot humanoïde qui apparaît dans The Sophtware Slump (l’album le plus salué du groupe, 2001) s’offre même sa petite apparition !

Un album de Grandaddy est aussi un disque où des synthés amusants côtoient la mélancolie la plus pesante. Un album de Grandaddy est drôle, réconfortant et triste. Last Place ne fait pas exception. Si le thème « nature vs monde moderne » est toujours présent (Evermore, Way We Won’t), Jason Lytle en dit aussi beaucoup sur lui. Ces dernières années ont été marquées par de nombreux changements de cadre dans sa vie : le départ de sa Californie natale pour les montagnes du Montana, puis Portland, où la pluie a eu raison de lui (I Don’t Wanna Live Here Anymore) et le retour à Modesto, où il réside actuellement. Il évoque aussi à plusieurs reprises la fin de sa relation amoureuse (The Boat is In The Barn, This is The Part). Cette dernière est une chanson de rupture poignante (« Where there is peace, you will not find me ») qui rivalise avec Yeah is What We Had (album Sumday, 2003), qui semblait pourtant hors de portée (« In this life, will I ever see you again ? »).

 

Grandaddy est de retour, et l’avant-dernière piste de l’album en est la preuve la plus marquante. A Lost Machine est probablement la plus belle réussite de ce nouvel album. En six minutes, Lytle nous rappelle ce qui en fait un songwriter si précieux, un arrangeur si talentueux. Un piano délicat, une montée en puissance imparable, une voix sur le fil, et, toujours, ces harmonies et cette production inspirées. On regrette presque qu’elle ne clôt pas ce bel album, réussi et maîtrisé. Mais que reprocher à Songbird Song ?

Grandaddy, « it’s just nice to have you back again ».

Grandaddy débutera sa tournée européenne fin mars, avec notamment des passages à Bruxelles (AB, le 5 avril, sold-out), Paris (La Gaîté Lyrique, le 6 avril), Gent (C-Mine, le 8 avril) et Lille (L’Aeronef, le 9 avril).