Shar(not)ko

Le leader de Sharko est un artiste que l’on ne cerne pas facilement. Ce n’est pas faute de s’informer : lecture de Sharko Journal (2003-2009), interviews, passages télévisés, articles de presse, .. Tout y passe. Mais il reste une zone d’ombre. Sa sensibilité? Peut-être..

Sharko aux Aralunaires 2016 - crédit photo : Sébastien Cuvelier

Sharko aux Aralunaires 2016 – crédit photo : Sébastien Cuvelier

La formation, trio depuis la fin des années nonante, est passée par tous les états pour réaliser cette septième plaque. On peut dire que David Bartholomé avait posé ses exigences pour donner une suite à Dance on the Beast. Une mise en route difficile, le doute et enfin le bout du tunnel avec un travail d’humilité, You Don’t Have To Worry est là depuis le mois d’avril 2016. Et le résultat est à la hauteur des efforts.

Cet album renoue avec ce que Sharko sait faire de mieux musicalement : la pop. Les guitares de Teuk proposent des couleurs typées 80′ sur des titres comme Galileo ou Waterloo. D’ailleurs une cession de travail avec Jérôme Mardaga fut féconde pour ces influences. Nous retrouvons également sur ces onze plages la capacité de Sharko à composer des morceaux au refrain fédérateur comme par exemple Shalaine. La dualité de son leader gagne le contenu des textes qui oscillent entre l’air du temps (You Don’t Have To Worry) ou une remise en question (When I Was Your Age). On passe de l’obscurité à la lumière. Le tout est remarquablement produit.

Sharko sera ce samedi 28 janvier à l’Espace23 de Bastogne et le 8 février à L’Aéronef de Lille. On termine ce papier par l’entretien que David nous a accordé.

A la lecture d’interviews ou de passages radio, tu signales avoir été déçu par ton précédent album sous Sharko (Dance on the Beast). Pourtant, tu avais sorti un bon album solo en 2011 (Cosmic Woo Woo). Cette parenthèse ne t’avait pas fait du bien musicalement parlant?

Si bien sûr. Parenthèse de fraîcheur et d’amusement. Mettre le doigt sur une vibration personnelle et rencontrer des gens (comme la troupe de la Fabrique). Et redécouvrir le répertoire sous un autre angle. Retrouver la confiance mais sans se faire mal, plutôt dans la douceur.

Depuis que je connais Sharko, je vois au sein de cette formation un artiste sensible. D’où vient l’émotivité & la sensibilité de David Bartholomé? Le clair et l’obscur, ces facteurs baignent ton nouvel album. Cela fait-il partie également de toi?

Haha. Oui, je suis hyper-émotif. Trop même. C’est encombrant. Je ne sais pas d’où ça vient.. Des gènes? De mon enfance? Des failles dans celle-ci? Et oui, je peux être solaire et enthousiaste et crever de doutes dans une obscurité crasse.

Après plusieurs écoutes de You Don’t Have To Worry, on remarque des influences sonores évidentes des années 80′ comme par exemple sur la plage éponyme avec la texture guitare digne du Physical d’Olivia Newton John. Est-ce le passage à New-York et le travail avec Mark Plati aux commandes  qui a imprégné certains titres?

Non, les titres étaient fixés. Oui, moins de prises de tête et plus de facilités à savourer, creuser et surtout assumer les couleurs de mon éducation musicale. Ça passe par une ligne de basse très connotée « ska » (« Happy Ending ») par exemple, je ne me serais sans doute pas permis ça avant.

Comment as-tu travaillé avec Teuk pour You Don’t Have To Worry? Quelle est votre rapport au sein de Sharko?

On a beaucoup travaillé. D’abord ensemble dans une pièce, longtemps. Puis plus tard j’ai travaillé seul et il est venu se greffer sur les idées. Ensuite, un truc que je n’avais pas creusé vraiment avant, c’est de s’enfermer une semaine avec lui pour ne faire que des guitares. Rien d’autre.

Il me semble que la guitare a un joli rôle pour ne pas dire un rôle central dans cet album. Est-ce l’échange avec Jérôme Mardaga durant la création qui amène cette impression (par exemple Galileo et ce son très « Neil Young »)?

Oui, c’est vrai. Mais c’est cette fameuse semaine qui a changé la donne. Nous n’étions que 3 dans cette maison. Jérôme adore Teuk et son jeu. Ça se sent sur l’enregistrement. Il a été aux petits soins avec Teuk! Et on a pris le temps de changer d’amplis, de guitares, de pièces dans la maison. On a fait que ça. Une semaine. Il était gâté!

Sharko, c’est une expérience en concert. Une scène que tu sembles apprécier. Dans le processus de création, penses-tu directement à la manière dont tu vas interpréter le titre en live? Cela a-t-il une emprise sur toi?

Non. Mais ça peut être parfois un casse-tête. Par exemple, on a jamais su/pu jouer un titre comme « President » qui est un morceau important pour nous. Et du nouvel album, on n’a pas encore trouvé comment rendre au mieux « Galileo », justement.

Tous les titres sont interprétés en anglais sur le nouveau LP. Pourtant David Bartholomé a une plume fine en français. Que ce soit dans le recueil de ton journal ou les insertions sur ta page facebook. Peut-on imaginer un jour Sharko interpréter un titre en français?

Bonne question et merci pour le compliment. J’y travaille mais je suis hyper exigeant. Et je dois trouver mon ton.