SAVAGES « Adore Life » (Matador)

Depuis que le rock est roll (ô mes fidèles lecteurs et seuls amis), les formations féminines se sont toujours démarquées par leur sauvagerie primale. Que ce soient les Runaways, les Slits, L7, 7 Year Bitch, Bikini Kill ou Sleater Kinney (on en passe et des plus hargneuses), ces groupes ont toujours donné l’impression de lever haut griffes et crocs. Elles livrent moult coups, horions et autres estafilades sur le corps du menaçant rocker macho ayant la malencontreuse idée de douter de leurs capacités à foutre le brin, faute de possession d’attributs masculins censés représenter la virilité communément appelés burnes. Et des burnes, Jenny Beth et ses trois comparses venues de Londres constituant Savages en ont. Elles l’ont bien démontré à la sortie de leur premier album Silence Yourself avec leur post-punk à forte tendance Siouxie And The Banshees. Cette musique était striée de guitares noise et d’urgence abrasive à coups de harangues censées réveiller et conscientiser les foules endormies (« don’t let the fuckers get you down« , ce genre). C’est à mille lieues donc du revival post-punk dansable que l’on a connu il y a une dizaine d’années (Franz Ferdinand et consorts). De danse il n’est question ici, ou alors au milieu d’une manif féministe et sur les corps ensanglantés des derniers porcs phallocrates. Nombreuses louanges ont suivi au vu de leurs performances live, expériences tonitruantes aptes à convaincre Vladimir Poutine en personne de libérer les Pussy Riot et de les placer à la tête de l’empire soviétique. Un timide reproche cependant : tout ce torrent de décibels et de slogans à coups de porte-voix a tendance à prendre le dessus au détriment de mélodies et de chansons véritables. Recentrage salutaire avec l’arrivée de cette deuxième livraison. Le juste milieu est en effet trouvé ici avec un propos plus nuancé sans perdre en hargne et en énergie dévastatrice. Déjà, les thèmes changent : « Love Is The Answer! » ou « Adore Life! » entend-on chanter de sa plus belle voix la frontwoman, mettant un peu de douceur dans ce monde de brutes. Les ajouts ne s’arrêtent pas là : influences cold-wave à la Joy Division (Evil), charme dans la voix de la chanteuse qui a agrandi sa palette d’émotions en ne se contentant plus de balancer ses slogans (Sad Person) et surtout accalmies bienvenues qui donnent de la respiration à l’ensemble (les très sombres Adore et Mechanics) Ailleurs, c’est un groove basse/batterie qui prédomine (Slowing Down The World) alors que des chansons à la charpente solide ne manquent plus (When In Love). Tous ces éléments nouveaux font de ce deuxième opus une ouverture idéale à un plus large public pour ces amazones salutaires dans le paysage musical actuel, sans jamais trahir leur force ni faire baisser leur garde. Le propos n’en est que plus clair : elles sont là pour longtemps et elles ne vont pas quitter la place intacte.

Savages, quatuor féminin anglais

Savages, quatuor féminin anglais

Savages se produira à l’Orangerie du Botanique (Bruxelles) le 2 mars. Les concert est d’ores et déjà complet! L’album sortira ce 22 janvier.