YOUTH LAGOON « Savage Hills Ballroom » (Fat Possum)

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Chacun sa façon d’exorciser ses angoisses.. On peut se renfermer dans une bulle protectrice, se plonger dans diverses addictions ou au contraire extérioriser le traumatisme. Pour ce natif de l’Idaho nommé Trevor Powers (dont Youth Lagoon est le projet personnel) qui a vécu un deuil il y a deux ans de cela, la seule option valable ne pouvait être que la composition d’une musique évidemment hantée par de nombreux fantômes. C’est bien ce qui frappe à l’écoute du déjà troisième album de ce one-man band doué : on semble ici directement connecté à l’au-delà, où des âmes perdues entre deux mondes tentent de nous faire passer des messages désespérés. Déjà cette voix, plaintive et androgyne, capable de monter dans les aigus nous rappelant ainsi Asaf Avidan. Un timbre douloureux qui plane sur des compositions au piano omniprésent et aux nappes de synthés dream pop, dont la quiétude est sans cesse brisée par des rythmes quasi indus. Ce côté schizophrène violence froide/douceur paisible est bien palpable (Again, Officer Telephone) alors qu’à d’autres endroits on navigue vers des récifs 80’s (No One Can Tell) ou en eaux plus paisibles (le magnifique Kerry, la perle du disque) quitte à parfois tutoyer le trop larmoyant (Rotten Human qui ne déparerait pas sur les derniers Coldplay). C’est ce qui rend d’ailleurs l’écoute de l’album un peu frustrante : on voudrait entendre le bonhomme se lâcher de manière plus cathartique et laisser le laborantin fou s’éveiller en lui, tout ici étant fort balisé dans un format chanson. Entre les sombres recoins de sa psyché tourmentée et la bande FM, Youth Lagoon n’a pas encore choisi son camp. Qu’importe : les dix mélopées mélancoliques présentées ici consolera tout amateur de pop intelligente qui se respecte.

Youth Lagoon se produira à La Rotonde du Botanique (Bruxelles) le 28 Septembre.

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