septembre 16

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LOW « Ones And Sixes » (Sub Pop)

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Ah, le slowcore.. Il en aura provoqué des chutes de tension dans les salles de concerts et des accidents sur l’autoroute suite à des crises de somnolences de chauffeurs poids-lourd, ce genre musical. Déjà, le nom : on sait que ce sera « slow », mais « core » qui plus est.. L’oppressante lenteur poussée à son paroxysme, à faire passer Godspeed You! Black Emperor pour du cybergrind. Sans parler de l’ambiance post-funéraire dudit style, qui pousserait les spectateurs du Plus Grand Cabaret Du Monde au suicide collectif. Une ambiance instaurée par des musiciens d’un glamour à donner froid dans le dos à la porte de la section neurologique de l’hôpital de La Louvière-Sud. Rien de plus attirant, donc. Et pourtant, tous ces à-priori sont balayés d’un revers de disto depuis plus de vingt ans par un groupe du Minnesota baptisé Low. Ce qui fait sortir du lot ce trio mixte (des voix masculines et féminines qui s’harmonisent parfaitement) est ce don inné de ne pas oublier d’écrire de vraies chansons. Alors que beaucoup de leurs confrères restent constamment bloqués dans l’atmosphérique ambient et plombante. En parlant de plomb, aucune chance d’en trouver dans les ailes de ces anges célestes tant leur musique vise les nuages plutôt que le crématorium. Plus Black Heart Procession ou Sparklehorse que Codeine, donc, avec cette touche d’espoir en plus. La question demeure : comment faire évoluer leur musique au fil d’une discographie riche d’une dizaine d’albums? Les amateurs qui suivent le combo depuis leur magnifique I Could Live In Hope ont la réponse. Après des débuts purement slowcore teinté de post-rock (Things We Lost In The Fire produit par Albini), puis lorgnant plus vers l’indie-rock mélancolique (l’excellent The Great Destroyer leur ouvrant la porte à un plus large public), le groupe a su varier les plaisirs et s’est ainsi abstenu de se cantonner à un genre confiné. Le dernier album qui nous intéresse ici poursuit dans cette tentative de séduction avec toujours ce cocktail pédale de distorsion et tempos lourds, en s’éloignant davantage du post-rock qui faisait autrefois leur gloire pour évoluer vers un format chanson. Passant de la ballade touchante (Into You chantée par Mimi Parker) au petit morceau indé (No End) sans oublier de rassurer leurs fans en livrant un tube typique (Lies) pour poursuivre ensuite sur un terrain plus balisé et radio-friendly (on jurerait entendre… Eurythmics! Si si, sur The Innocents), Low poursuit son petit bonhomme de chemin et fait mentir l’adage comme quoi on ne pourrait se contenter que d’un seul de leurs albums. Un groupe plus talentueux qu’il en a l’air.

Low se produira à l’AB Domino de Bruxelles avec Chelsea Wolfe le 31 Octobre 2015.

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