GWILYM GOLD « A Paradise » (Brille)

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S’il y a bien une catégorie de personnes qui mériterait un sujet d’étude au moins autant que le fan de Noir Désir (qui boudera à jamais toute musique francophone à moins que Bertrand Cantat ne soit dans les featurings) ou l’admirateur de Dream Theater (qui essaie à tous les coups de nous persuader qu’il y a des différences notables dans leur très longue discographie – « mais si, j’t’assuuuure, le dernier est plus expérimental, moins heavy, plus prog » etc etc.), c’est bien l’acharné de Radiohead. Traumatisé à vie par OK Computer, parvenant encore à écouter Kid A jusqu’au bout et à trouver des qualités à leurs dernières livraisons, ce brave individu (souvent masculin et célibataire – pour séduire, ce genre de truc dépressif, c’est rapé) semble porter aux nues de manière monomaniaque son groupe fétiche et ce, malgré les efforts répétés de nombreuses formations actuelles tout aussi talentueuses, voire davantage. Rien à faire: pour lui, il n’y aura jamais rien de mieux que Paranoid Android, que ce chanteur à la voix habitée et ces musiciens en quête d’innovation permanente. Le reste, il ne veut même pas en entendre parler. On pourrait lui balancer sous le nez tous les Nevermind de la planète, non, désolé, c’est quoi ce truc? Le rock (comme disent les primates qui n’écoutent pas Radiohead) me semble tellement banal depuis les subtiles trouvailles de ces génies inattaquables, rendez-moi mon Thom Yorke adoré, d’ailleurs j’ai décidé d’hiberner jusqu’à la sortie de leur prochaine grande oeuvre,(on exagère bien sûr un brin). Pour ce sympathique mélomane subsiste une solution: lui faire écouter (de force s’il le faut) ce tout fraîchement sorti album de Gwilym Gold. Qui se cache derrière ce pseudo? De ce personnage venu tout droit de Londres on en sait bien peu. A part qu’il a officié fin des années 2000 dans une formation de pop à caractère symphonique appelée The Golden Silvers, qu’il a l’air un peu malheureux et mal nourri sur la pochette et surtout, surtout, que son album est la meilleure collection de morceaux à faire pâlir The Pyramid Song, True Love Waits et autres How To Disappear Completely du groupe nommé plus haut. En gros, une recette toute simple: une voix fragile et emplie d’émotion, un piano égrenant des mélodies magiques sur des rythmes synthétiques jamais envahissants, le tout sur fond de nappes de cordes sans que cela sonne pompeux une seule seconde. Cette économie d’instruments est ce qui fait la force du disque, tout ici n’étant que délicatesse et légèreté. Un point faible cependant: les compositions semblent toutes sorties du même moule et se répètent un peu à mi-parcours, relâchant l’attention de l’auditeur. Mais cet album demeure beau de bout en bout et possède une fonction vitale: faire taire les sceptiques et disparaître les oeillères. On apprécie le geste.

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