Live-Report et Photos @ La Route du Rock 2015

VENDREDI

Mon premier jour à la Route du Rock est l’occasion de faire connaissance avec la célèbre boue du festival puisque la météo n’a pas été clémente pour l’ouverture. Exception faite de cela et de quelques petits couacs d’organisations, je découvre un lieu agréable (on préférera malgré tout le Château de Beauregard au Fort de St Père) et une capacité d’accueil idéale pour toujours profiter de la musique en étant à proximité des concerts. Puisque nous sommes là pour tous 3 jours, il n’est pas inutile de noter que la qualité de la nourriture est excellente (pas souvenir d’avoir mieux mangé en festival), même si cela manque de variétés / produits frais.

Pour les concerts, la journée du vendredi va globalement être bonne, sans distinction particulière. Malgré la bonne énergie de Thurston Moore le set débutait trop tôt pour rendre le concert un peu plus marquant. Fuzz a ensuite délivré un set brutal de très bonne qualité, comme pour les irlandais de Girl Band qui ont reçu le meilleur accueil du jour. Un set aussi furieux que la bande à Ty Segall mais plus mélodique. Ce n’est pas Algiers qui  bénéficiera d’un tel engouement, le public restant stoïque et froid avec le groupe. Comme les 3/4 du temps dans ce festival où l’ambiance est la dernière de ses qualités. Bien que les morceaux ne soient pas très accessibles, j’ai pourtant trouvé que l’association et expérimentation du punk avec de la soul était réussie et apportait un peu de fraîcheur dans une programmation peu variée. Notre chronique de l’album est à lire ici. J’ai également assez apprécié Timber Timbre, que je n’avais jamais pu voir avant mais qui m’a rappelé aux bons souvenirs de Tindersticks. Le pire de la journée est à réserver au duo Ratatat. Ça ne décolle jamais, et c’est pas faute de m’être donné les moyens d’y croire à chaque nouveau morceau. Je n’ai d’ailleurs croisé personne qui avait apprécié. C’est dire le profond ennui dans lesquels ils ont laissé la majorité des festivaliers.

SAMEDI

Ce n’est pas Foals qui fera beaucoup mieux que Ratatat, dans une journée annoncée et confirmée comme la plus mauvaise du week-end (dur pour les fans de Bjork). Foals m’avait laissé dubitatif au Pukkelpop mais j’étais malgré tout heureux de retenter ma chance dans des conditions meilleures : Affluence fortement plus faible, placé dans les premiers rangs, concert de nuit. Pourtant, j’ai vite compris que ce n’était pas le problème du Pukkelpop. Le problème, c’est simplement Foals. Le concert me laisse de marbre, c’est bien la seule fois du week-end où il m’a même été impossible de déplacer ne serait-ce que les pieds. Et ça ne prend pas plus quand Yannis Philipakkis vient faire un tour dans les premiers rangs. Je ne sens aucune authenticité à tout ça mais toujours la même routine qu’au Pkp. Profondément ennuyant. Et triste, comme de s’imaginer qu’une chanson (mauvaise comme) My Number soit l’un des tubes d’une setlist.

Pour continuer du moins bon au meilleur, j’ai également du mal à comprendre le bel engouement autour des madrilènes de Hinds (oubliez notez qu’elles seront au Pitchfork Festival). Peut-être parce que l’une des musiciennes en a fait des tonnes sur sa joie de jouer pour la première fois devant autant de monde. Touchant autant qu’énervant. Énervant comme les morceaux complètements déconstruits, où l’impression d’être en studio à les voir bricoler des sons pour la première fois.  Une affaire de goût probablement. Peut-être que ça passera mieux la prochaine fois.

De cette journée on retiendra donc principalement le post-punk sombre de The Soft Moon. Malgré tout j’ai l’intime conviction que ça peut être bien plus mémorable, peut-être en salle avec une ambiance ? Bref, ça suscite une bonne curiosité et me donne envie de les revoir. On retiendra également les très cools Only Real en ouverture de la journée, au parallèle très rapidement perceptible avec du Mac DeMarco en mieux.

DIMANCHE

Tout le monde attendait cette journée. Et il y’avait bien des raisons d’être impatient : Pour ma part, c’était évidemment Dan Deacon plus que n’importe qui d’autre dans une vie de concerts. On commence d’abord par apprécier les membres de The Districts et l’excellente interprétation scénique du frontman. On le sent bien investi dans sa musique, enthousiaste et authentique avec le public. A l’inverse de Foals. On peut croire en un bel avenir pour ces mecs de Philadelphie.

Ensuite, vient le moment du charismatique crooner Father John Misty, qui fait presque figure d’exception dans le paysage résolument rock des trois jours. Il est l’auteur d’un des plus beaux albums de l’année et il répondra sans mal à mes attentes (pas convaincu du tout qu’il en ait été autant des autres festivaliers). Belle prestance sur scène (d’autres diront qu’il en fait trop à se dandiner sur scène), toujours un peu d’ironie que l’on retrouve également dans les paroles des chansons. Et tout simplement : Une voix magnifique.

On repart sur quelque chose de complètement différent avec deux groupes post-punk. Tout d’abord Viet Cong. J’ai envie de trouver ça très bien mais c’est quand même un sentiment assez particulier qui m’est laissé ce groupe. Ce n’était finalement pas transcendant et on retiendra principalement le final dantesque à la batterie d’une bonne dizaine de minutes. Même si, ça n’a pas suffit à prendre complément son pied. Dans une programmation résolument masculine (sauf Hinds), c’est pourtant la présence de Savages qui va nous amener dans une tout autre obscurité. Le concert le plus violent des trois jours. La chanteuse Jehnny Beth, toujours impressionnante, viendra dans la foule  pour offrir 20 dernières minutes folles, aussi bien sur scène que dans les premiers rangs. Et quand on connait la sagesse du public de la RDR (les 40 premières minutes étaient assez inquiétantes..), c’est un tour de force réalisé par le groupe. Et qui n’était pas spécialement prévu…

Après ça je profite plus tranquillement de RIDE, une autre époque que la mienne. Probablement un bon concert de rock, bien que je sois resté un peu distant. Pour autant, je peux au moins afficher avec certitude que c’était mieux que les autres headliners (sic) Ratatat ou Foals. Ce qui laisse quand même penser que c’était trois jours mitigés. Mais on oublie vite tout ça quand la raison principale de notre venue arrive sur scène : Dan Deacon. Plusieurs années que j’attendais son retour dans le coin. L’image mythologique que je m’en suis faite pendant ces années d’attentes n’était pas usurpée. Il ne faut pas 10 secondes pour rentrer en transe dès lors que sa musique inventive et torturée est lancée. Même un ami, réfractaire à l’électro (moi aussi en partie) a adoré. L’une des raisons évidentes, qu’on ne salue pas assez quand on parle des concerts de Dan Deacon, c’est le travail du batteur qui donne une nouvelle dimension alors imperceptible sur album.

Il en a l’habitude et dès sa première apparition sur scène Dan Deacon a su trouver les mots pour rapidement faire comprendre que ça se devait d’être un joyeux bordel pendant une heure. Avant le concert je commençais sérieusement à douter un peu avec ce public. Mais une bonne partie s’est quand même pris au jeu, bien que personne ait été capable de comprendre les deux mots dans « Dance Battle » et qu’ils soient tous partis en pogo comme tout autre banal concert de rock. Dommage, de même que la vingtaine de slams que je juge inutile là-dessus, surtout quand ça devient aussi répétitif (on en a même eu pendant une transition entre 2 morceaux). Autre petit défaut, qui n’est la faute de personne : Le peu d’espace disponible qui ne nous a pas permis d’imiter les mouvements d’un mec du staff de DD (tel un miroir), comme c’est la coutume de faire (c’est plus joli à voir qu’à lire). Dans tout les cas, c’était un concert monstrueux. Je vais mieux pouvoir comparer l’ambiance dans quelque jour après l’avoir revu au Pays de Galle jeudi.

Globalement, pour une première un peu tardive à la RDR, c’était sympathique. Y’a un bon cadre et de la très bonne bouffe mais aussi bons peuvent être les groupes ce n’est pas le panacée. Parce qu’à moins d’y trouver notre groupe préféré dans la prog’, c’est quand même une ambiance très molle (j’avais jamais vécu ça) et y’a un léger sentiment de malaise (suis-je un extraterrestre si je bouge ?), encore plus pour les groupes (qui chauffent le public sans régulièrement recevoir de réponses). Le pire dans tout ça, c’est quand même de se dire qu’entre la fin d’une journée et le début d’une journée, il y’a entre 14 et 16 heures de repos pour reprendre des forces. Mais alors où est passé l’énergie ? C’est deux fois plus de temps qu’il n’en faut pour le Pukkelpop, Dour, etc.

Donc voilà, y’a quand même un léger contraste entre le fait de considérer que c’est le meilleur festival français (et en terme de prog’ c’est probablement vrai 8x sur 10) et se retrouver avec une majorité de festivaliers pas vraiment concernée (même si tout le monde est cool). Bref, la qualité d’une RDR semble dépendre exclusivement des artistes. A ce titre, lorsque la programmation n’est pas trop affreuse aux Vieilles Charrues je peux même dire que c’est mieux. Car y’a toujours des concerts qui laissent des souvenirs impérissables grâce au public et à sa générosité qu’il transmet aux artistes. Et sinon, le fait d’avoir 14 heures à glander (ok y’a la mer et c’est mignon) ne me convient pas trop, ça manque d’intensité. Donc je privilégierai toujours le Pukkelpop (quand ils auront cessé la prog’ pour ados).