Samedi (Aurora, Allen feat. Albarn, groupes Électro) @ Charrues

Le coup de coeur Aurora

Alors que la pluie se fait oppressante, c’est à la norvégienne Aurora d’ouvrir cette journée. Cette jeune artiste de 18 ans ne mettra pas longtemps à séduire le public. Sa musique apparentée au dark-pop la compare aux artistes comme Bjork, Sia. Par sa grâce sur scène, elle me fera surtout penser à Bat For Lashes. Comme pour ces artistes, on est subjugué par sa voix cristalline mais également par la sincérité de son concert. Une sincérité et bonne humeur récompensées puisque le public est incroyablement chaleureux. Chaque chanson se termine par des nombreux applaudissements, peut-être les plus beaux de la journée. Ce n’est pas souvent qu’un artiste, qui plus est en ouverture, peut se targuer de recevoir un si bel accueil. Le célèbre hymne  » po po lo po po po po po lo » des White Stripes sera fréquemment repris.

Le batteur commence à reprendre le rythme, mais Aurora se fait encore timide. Devant l’insistance des encouragements de la foule, elle nous dit d’un air amusé avoir ses propres chansons à jouer. Et on ne s’en prive surtout pas puisque chaque chanson est une nouvelle surprise : Sa musique/setlist aurait-elle aucun point faible ? Elle finira un peu plus tard par « céder » et se lancer dans une petite minute de « Seven Nation Army ». On n’oubliera pas non plus son élégante façon de danser sur les derniers titres. Quitte à me répéter mais j’insiste : Quelle grâce dans l’attitude de cette jeune femme. Le public est amoureux et en redemande. Elle reviendra faire un rappel nous amenant à une heure de concert. Là encore, quelque chose de bien rare en festival. Et enfin un rappel authentique ! Il va falloir suivre de près cette prodige scandinave. Vous pouvez, si ce n’est pas déjà fait, la découvrir sur Youtube mais je tiens à dire que j’ai trouvé le live beaucoup plus touchant qu’à l’écoute des morceaux en studio (néanmoins bons).

Aurora

On passe vite sur le séducteur George Ezra, éhontément comparé à Bob Dylan. Ce dernier avait été déjà insulté il y’a maintenant quelques années par les comparaisons insistantes entre lui et Jake Bugg. Tant bien que mal, George Ezra ne sera pas pire que The Strypes, peut-être divertissants, mais toujours dans la surenchère. On a déjà vu et entendu des milliers de fois ce style british si impersonnel pratiqué par ces jeunes ados.

La déception Tony Allen Review Feat. Damon Albarn et Oxmo Puccino ? 

Je ne sais pas comment juger la prestation de Tony Allen avec ses invités Damon Albarn et Oxmo Puccino. J’avais été prévenu la veille après le concert à Dour que l’idole britannique ne participerait qu’à 3 titres. Je n’ai donc pas été surpris et cela a atténué ma propre déception. Déception en revanche bien visible dans la foule qui réclamait constamment Damon Albarn. Une sensation un peu gênante m’envahit d’ailleurs, il s’agit quand même avant tout du concert du batteur de Fela Kuti. Mais ce dernier n’est pas dupe et sait qu’on l’attend tous. Alors le leader de Blur arrive sur scène après un premier morceau, pour mettre un peu d’ambiance et participer au piano et à la voix à 3 titres. Avant des étonnements autour de moi « Il part déjà ? Il va revenir ?! » Et non ! Damon est un homme pressé : Il participait à 4 concerts en 2 jours (2 avec Blur, 2 avec Allen). 

Damon Albarn

A titre personnel cela ne m’a finalement même pas gêné car je n’ai pas été particulièrement séduit par l’impro (ou presque) sur les 3 titres. J’ai à vrai dire préféré Tony Allen seul avec son groupe pour des morceaux uniquement instrumentaux qui ne nous dissipaient pas. Puis le concert a été quand même assez varié, puisque Damon parti c’est Oxmo Puccino qui par 2 fois (et demi) a pris le relais pour poser ses mots sur la musique d’Allen. Nous avons eu notamment le droit à « Artiste » et « Sucre Pimenté » mais surtout L’Enfant Seul. Toujours un plaisir.

Oxmo Puccino

Oxmo Puccino n’est pas le seul rappeur de la journée puisque les prometteurs Bigflo et Oli sont également là. J’ai du mal à adhérer aux concerts de rap en général mais je reconnais une authenticité chez les toulousains. C’est au moins un groupe de rap français qu’on peut respecter.

On retrouve également Joey Starr pour Carribean Dandee (projet avec Cut Killet, DJ Pone) en clôture. J’étais trop gêne lorsque Supreme NTM dominait le rap français et je n’ai donc aucune valeur sentimentale envers Joey Starr. De ce fait, je fais parti des nombreux dubitatifs devants ce mec qui crie sans balancer un seul mot compréhensible. Allez, si, il y’en aura quelques uns : « BORDEEEEL » (x20), « VOUS ETES LA OU QUOI ? » (x30). On ne peut pas lui reprocher de ne pas y avoir mis du sien, il était très motivé. Et il a d’ailleurs souvent tout fait pour chauffer le public, répétant également qu’eux sont venus dans une composition plus osée que les autres musiciens, pour proposer un « vrai live ». Sympa pour eux.

Une journée avant tout électro

Comme de plus en plus fréquemment, la journée était surtout réservée à l’électro. On a ainsi vu Thylacine. Les dix premières minutes on se dit que c’est assez bon et que ça met l’ambiance avant de constater que pendant une heure c’est le même son. C’est un autre sentiment qui va m’envahir pour Isaac Delusion. J’ai été épaté par ces mecs que je ne connaissais pas du tout (je m’attendais à une configuration avec juste un mec aux platines). C’était musicalement parfait, très musical, varié et enivrant. Un groupe d’une dizaine de festivalières ont eu la chance de finir sur scène pour le dernier titre. Clairement à revoir dès que possible.

C’est un sentiment un peu plus modéré pour The Shoes : C’était très bon, surtout sur l’euphorique Time To Dance. Mais j’ai l’impression que y’a un peu plus de feignantise là-dessous. Aucun nouvel album depuis la première fois que je les ai vu (2012), le chanteur qui parfois reste inoccupé sur le devant de la scène, des captures vidéo enregistrées de leur Mac avec des montages « WTF » et dégueulasses à la manière d’un Rich Aucoin (en pire et non personnalisé). Je ne pense pas qu’ils fassent du bien au show, ça détournait un peu ma concentration de la musique. Et bref, globalement et subjectivement, leur attitude sur scène n’est pas engageante.

On a également eu le droit à SBTRKT qui étrangement jouait sur une scène plus importante que Madeon. Les jambes commençaient à fatiguer et c’était donc difficile de se plonger totalement dedans. Mais c’est inévitablement à écouter (déjà vu il y’a quelques années en salle à Nantes). La tête d’affiche était évidemment The Prodigy dont je n’ai voir que 30 minutes et de très loin. Contrairement à mes préjugés cela semble bien passer mais difficile de tomber sous le charme. Les différents effets utilisés pour diffuser sur les écrans géants n’étaient pas agréables et nous donnaient une visibilité faible de la scène. En plus du jeu de lumière ne facilitant rien. Pire, le dernier morceau s’est mal déroulé : Après une minute, le son a coupé pendant 2 minutes, laissant les membres continuer le show dans le vide, avant de reprendre avec le son pour une minute. Et repartir, remerciant le public. Si ce n’est pas leur faute, on aurait quand même aimé qu’ils refassent le morceau, d’autant plus qu’ils ont fini 5 minutes plus tôt que l’horaire annoncé. Ça aurait été un peu plus professionnel. Dommage.

En résumé, la journée ne s’annonçait pas forcément enthousiasmante (mon billet avait été acheté pour Damon Albarn et Oxmo Puccino) mais elle fut pas loin d’être excellente malgré quelques trous (le temps pour Calogero de se produire sur scène). Aurora est un véritable coup de coeur. Et c’est à peine plus faible pour Isaac Delusion.