THEE OH SEES – Mutilator Defeated At Last (Castle Face)

La musique psychédélique a décidément le vent en poupe ces jours-ci. Que ce soit avec les dernières sorties de, au hasard, Jacco Gardner, Ty Segall, Tame Impala ou Foxygen, on sent une génération prête à porter haut le flambeau d’un genre déjà cinquantenaire dont Thee Oh Sees qui nous intéresse ici serait le plus vaillant thuriféraire. En effet, cela fait une flopée d’albums que John Dwyer, guitariste et leader du groupe de San Francisco (aidé ici dans sa noble tâche par une toute nouvelle section rythmique élastique et compétente) mène sa barque galactique qui a du être achetée (en échange de quelques buvards) tout là-bas en 1967 dans un vieux garage tenu par Sky Saxon, toujours prêt à rendre service lorsqu’il s’agit de servir de référence aux p’tits jeunes, lui et ses amis de la compilation Nuggets. C’est qu’il est plus tout jeune, le bolide. Toujours nerveux, on dit pas, mais y’a des méchantes fuites d’essence, il a fallu rafistoler tout ça à coups de White Stripes, qui a redonné au rock garage son sens initial. Il y a bien eu ces Flaming Lips et ces Spacemen 3 qui ont voulu filer un coup de patte mais, allons, z’ont pas du mettre souvent la main dans le cambouis, eux leur trip c’est plutôt Grateful Dead. La bagnole cabossée a plus besoin de vitesse, quitte à perdre des boulons au passage et à se crasher dans les méandres du bad trip, toute rouillée qu’elle est de ce son analogique d’un vieux 45-tours des Electric Prunes. Il s’agira donc de psyché-garage, davantage les Seeds que Jerry Garcia donc, avec un propos ramassé d’une demi-heure et recentré loin de la béatitude des jams stoners avachies dans un fauteuil puant la mauvaise herbe, retrouvant le coeur de la centrale électrique initiale, agressif parfois (Turned Out Light), folk un peu (Holy Smoke, tu m’étonnes), voire même élégiaque (les orgues de Sticky Hulks) et jammant à qui mieux mieux (Cupine Ossuary, la pièce montée de l’album), mais sans jamais perdre de vue l’objectif principal: droit vers le soleil, en avant toute. Le meilleur du psyché doigt dans la prise est représenté ici.

Thee Oh Sees - crédit photo Cayal Unger

Thee Oh Sees – crédit photo Cayal Unger