Mon jeudi @ Pukkelpop (Outkast, J.Monae, Atomic Bomb!, Mø, Oscar & The Wolf, etc)

Live-report et photos du vendredi.

Live-report et photos du samedi.

Bilan et Top 10 du festival.

Le festival de Pukkelpop a débuté la veille avec une première soirée d’ouverture. De quoi faire la découverte du terrain, reprendre ses marques avec le festival depuis l’édition 2013 et profiter du traditionnel feu d’artifice d’ouverture. Deux jours plus tôt, le chapiteau de la scène du Club s’était effondré, de quoi nous donner quelques premières frayeurs (heureusement sans conséquence). La météo finira par être bien meilleure pendant les 3 jours de festival. Plus de vents forts, quelques averses et quelques très rares passages boueux sur la fin. C’est donc dans d’excellentes conditions que j’ai profité des concerts et je vous les raconte maintenant.

Hamilton Leithauser

Jeudi 12h. Je débute sur la scène du Club avec Hamilton Leithauser. Ce nom vous est peut-être inconnu et pourtant, c’est tout simplement le chanteur de The Walkmen. Il s’est lancé dans une carrière solo avec un premier album Black Hours paru en juin. Une entrée en matière somme toute assez discrète mais réussie où son style s’inspire du crooner Sinatra.

Pour le concert, une prestation mélodieuse et appliquée devant un public encore assez sage. J’apprécie sa prestance sur scène, sobre mais qui retient facilement l’attention. Ça sera l’un des rares concerts « calmes » des 3 jours. La programmation en ouverture facilite également notre concentration.

Cut Copy

Kelela ayant annulé, on passe directement à Cut Copy sur la Dance Hall qui commence à faire danser les festivaliers. On retrouve en fond de scène ce simple message « Free Your Mind« , intitulé de leur quatrième album. Une mise en scène simple, parfois complétée par quelques images mais une grande énergie dans leur musique qui se transmet facilement au public.

INVSNOn file ensuite vers l’inconnu avec le post-punk d’INVSN (à prononcer Invasion) sur la scène The ShelterUne scène réservée au métal, punk, hardcore, etc. J’y mets les pieds pour la première fois de ma vie. Une scène où le public n’a finalement pas l’air si violent que ça. Le crowd-surfing y est de toute façon interdit. La scène équivalente au festival de Dour me semble encore d’un autre genre. En revanche, ça n’empêche pas les artistes de faire ce qu’ils veulent. En l’occurrence, le chanteur d’INVSN et leader du groupe Refused assure le show.

La première chose qui épate est l’énergie de ce mec, d’une souplesse redoutable qui se manifeste par des coups de pieds sautés montant à hauteur de sa tête et par une sorte de saut écart en toute simplicité… Je n’ai même pas besoin de m’intéresser plus que ça à sa musique pour apprécier le spectacle. Il viendra également prendre un petit bain de foule ensuite. « Petit » car la Shelter n’est jamais la plus remplie des scènes à priori. En tout cas ne serait-ce que pour le chanteur, ça donne envie d’être revu à une autre occasion.

Perfect PussyJe change de scène pour la Marquee. Mais pour autant ce qui nous attend est plus violent avec Perfect Pussy. C’est le set le plus rapide du festival avec 25 minutes mais c’est bien suffisant. Le groupe nous balance sans temps mort toute sa rage avec son punk névrosé et en première ligne les « cris » de la chanteuse Meredith Graves. La seule chose pouvant être amusante ici est la pilosité assumée de la chanteuse sous ses aisselles, créant quelques discussions et étonnements sous le chapiteau. Et ils ignorent probablement qu’une édition limitée à 300 exemplaires du vinyle contenait aussi du sang des pertes menstruelles de la chanteuse.. Perfect Pussy a beau être un groupe avec aucune délicatesse. Ce n’est pas désagréable. Étonnement pas le plus bruyant et pas le plus difficile à supporter pour mes oreilles dans ce week-end! Cependant, je n’irais pas réclamer de rab.

KwabsEnsuite je passe à deux moitiés de concert, la première partie avec l’electro-soul du londonien Kwabs. Comme un Kiwanuka qui chanterait sur des instrumentalisations minimalistes de James Blake. Intéressant.

Say Lou LouMais je m’en vais car Say Lou Lou a l’habitude de débuter ses sets avec le morceau « Everything We Touch« .  Je ne veux pas rater ça. Ça sera le seul morceau vraiment agréable de ce quart d’heure passé en la compagnie des jumelles. Un autre duo suédois nous intéressera beaucoup plus le lendemain. Notez que ce corps disproportionné n’empêche pas à une carrière dans le mannequinat.

Ebahi par la danoise Mø, première claque du festival

a sorti son premier album No Mythologies to Follow cette année. Un album qui parle de la jeunesse, de l’agitation (qui y est liée), les frustrations, le manque de repères, et plus généralement du fait de se sentir perdu dans cette société du « Moi » et du « Je ». Mø, convaincue que la musique sert aussi à faire passer des messages, passe alors par différents genres et émotions sur son album pour nous communiquer « son » histoire. On retrouve ainsi des influences pop, punk, r&b, electro. Pour autant je n’ai pas accroché particulièrement à l’album, malgré des titres et clips formidables. Je vais réécouter. Mais ici, il est question d’un concert…

Sur scène, Karen Marie Ørsted a repris dans le punk et le hip-hop (elle fut membre d’un groupe punk pendant 5 ans) qu’elle aime toute l’énergie et la force. Elle joue plus librement que sur album. Elle laisse éclater toute sa rage. Elle est en effet d’une « violence » déconcertante. C’était inattendu pour une jeune artiste de 24 ans, pour lequel les choses sérieuses ne débutent réellement que maintenant. On retrouve l’attitude de certains clips dont Waste of Time. Chaque battement de musique est accompagné en rythme d’une gestuelle « agressive » qu’on ressent aussi sur les traits de son visage. Elle n’hésite pas non plus à venir se jeter dans le public, totalement hystérique. Toujours intenable!

Et si ça n’était pas suffisant, ses clips (tous très réussis et respectant parfaitement l’ambiance) sont projetés en arrière-plan sur écran géant pour accompagner les morceaux. Impossible de détourner son regard de la scène et de Mø! C’est tout simplement la première fois que je vois une artiste aussi performante en live avec une expérience pourtant si courte. Bien que Breton faisait déjà très fort. Mais la danoise sublime totalement son album et offre une prestation encore totalement différente. Parmi mes expériences live, la voilà déjà au côté des Dan Deacon, Nine Inch Nails, Eels et Sigur Ros. Et de Robyn, dont je parle un peu plus tard (live-report du vendredi).

On va garder 1% de réserve pour dire que ce n’est peut-être qualitativement pas toujours aussi bon à chaque concert. On va tous tâcher de (retourner) la voir au Pitchfork Festival pour en avoir le cœur net. Ci-dessous, une photo floue vu qu’elle n’arrête pas de bouger. Cela retranscrit bien le concert.

Mo

Je suis encore abasourdi par la performance de quand je vais assister au set de Forest Swords. Il est difficile de décrire avec des mots les rythmiques lancinantes de ce groupe. C’est un état d’esprit, de solitude, de vide. Mais c’est génial.

Enchaînement Janelle Monae – Outkast. Et déchaînement!

Et c’est reparti pour en prendre plein la gueule avec un petit enchaînement Janelle Monae – Outkast, l’air de rien! Indécent! Si Janelle Monae ne jouit pas d’une popularité assez grande encore en Europe, elle profite de la venue de ses potes d’Outkast pour en être la première partie idéale sur la Main Stage. A l’heure du début de son concert, la Main Stage est loin d’être pleine. Même la zone la plus proche de la scène ne l’est pas. Mais on connait son aisance sur scène. En quelques minutes, elle va se mettre tout le monde dans la poche. Ramener les festivaliers devant la scène et les faire participer. Y’a t’il plus à en dire ? On connait la marque de fabrique de Janelle Monae : noir et blanc uniquement! Des membres qui ont tous la grande classe. Des tubes qui s’enchaînent avec le sourire et en dansant. Elle fera une reprise d’ « I Feel Good » et viendra grimper sur le public des premiers rangs.

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Je reste sur place pour Outkast et tant pis pour Temples. Je savais qu’Outkast seraient des grands professionnels mais j’avais malgré tout un peu peur. Le traumatisme Eminem de l’an dernier est toujours présent. Le public ne serait-il pas là pour Editors, la réelle tête d’affiche du jour? Les gens réagiraient-ils au delà des quelques tubes? Les albums d’Outkast sont quand même loin dans nos souvenirs.. De plus, le groupe ne joue sans aucun autre musicien à l’exception du classique DJ et d’un chœur de deux personnes avec des ailes d’anges sur les épaules.

Les interrogations ne vont pas durer longtemps.. Puisque de suite la Main Stage va exploser avec B.O.B (setlist complète). Fêtant les 20 ans du premier album southernplayalisticadillacmuzik, le groupe joue avec une énergie qui ne prête pas grand doute sur les intentions de Big Boi et Andre3000. Ils se sont reformés pour s’éclater. Le premier est un rappeur plus sérieux tandis qu’Andre3000 ne cesse jamais de faire le débile. Big Boi s’amusera quand même de la prononciation de Pukkelpop. Il le renomme ensuite le festival Pussypop mais se trompera (comme Eminem) en parlant de Bruxelles.

L’ambiance retombera un peu quand Big Boi viendra interpréter seul des morceaux de SpeakerboxxxAvant que le concert reprenne de plus bel avec la partie The Love Below d’Andre3000 où il invitera des filles sur scène pour danser avant d’en avoir un gros câlin collectif. L’un des moments les plus forts du concert est évidemment le tube Hey Ya (et Ms. Jackson), amené par le duo d’Atlanta. Ils nous font crier leur titre de façon normale jusqu’à une voix beaucoup plus grave. Tout le monde se prend au jeu. Sinon, les photos en témoigneront : les artistes sont d’une énorme classe sur scène. Andre3000 a une perruque blanche et sa classique combinaison noire avec pour message aujourd’hui : « I love you… Plural ». Nous aussi! On retrouve également des clips projetés sur l’écran central. Du classique mais qui fait largement le boulot pour accompagner les morceaux (bien mieux que l’infamie cheap proposée par Eminem)!

Outkast ne s’est pas reformé que pour la gloire. Mais ils semblent chercher encore à montrer qu’ils étaient parmi les plus grands ou sinon avec l’énergie d’un groupe débutant qui aurait tout à prouver. Quel plaisir alors de voir un set d’une heure 15 sans aucune arrogance… Outkast n’a pas déçu!

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L’hommage à William Onyeabor

Et si vous pensez qu’après ça on en a fini.. Vous avez tort. Le meilleur est autant à venir qu’il est déjà passé. Avec le groupe Atomic Bomb! : The music of William Onyeabor. William Onyeabor, c’est un peu l’histoire de Sixto Rodriguez. Les albums des deux artistes ont connu un franc succès mais ils sont restés dans l’ombre. Sauf que contrairement à Sixto (même lorsqu’il a été retrouvé), le nigérian a souhaité rester dans l’ombre et persiste à vouloir ne jamais se produire sur scène. Il n’y a donc que des membres d’Hot Chip, LCD Soundsystem, The Rapture, etc. pour lui rendre hommage. Mais croyez-moi, c’est déjà pas mal. Le concert se finira même avec dix-huit musiciens sur scène (Young Fathers et d’autres). Ils cherchent, et réussissent, à reproduire les sonorités particulières de la musique de William Onyeabor. Car il faut replacer cela dans le contexte : Ce dernier a révolutionné la musique (africaine) dans les années 80. A cette époque il n’avait évidemment pas les mêmes moyens, ni tous les instruments du jour utilisés par ce « tribute » band. 25 ans plus tard, sa musique parait pourtant toujours aussi moderne que complexe. C’est surprenant. Vous pouvez découvrir la musique de ce prodige africain à travers la compilation « Who Is William Onyeabor ? ». L’album hommage et remixé « What » d’Atomic Bomb! sort lui début septembre. Et je suis impatient d’écouter ça.

EditorsOn continue notre soirée avec Editors dont j’ai toujours bien du mal à comprendre l’engouement (aussi bien sur album qu’en live). Comme les français, je n’accroche pas à ce groupe pourtant culte en Belgique. C’est chiant et je n’arrive pas à me faire à l’attitude du chanteur (faussement classe et plutôt arrogante). Ça m’a fait penser à une copie complètement foireuse de Matt Berninger. Je n’adhère pas. On aura quand même des beaux moments sur la fin grâce au public réceptif et à un autre feu d’artifice. Mais ça c’était plus du ressort de l’organisation Pukkelpop que du groupe.

 

Slowdive

Après cette déception (cela dit, je n’en attendais pas grand chose), je vais voir Slowdive. Un groupe de shoegaze et dream-pop de 1989 reformé cette année. On retourne dans des grands standards de qualité (bien que la programmation folle du jour ferait presque passer Slowdive pour un concert ordinaire). Je n’en suis plus à souhaiter des très bons concerts. Je veux quelque chose encore au dessus, de l’exceptionnel. Cet « exceptionnel », je le retrouve avec le concert de clôture de la Marquee.

Sur la Marquee, c’est Oscar & The Wolf. Ce nom ne dit peut-être rien pour les français. Mais il ne faut pas longtemps pour s’apercevoir que les belges francophones et néerlandophones connaissent. Deadmau5 et  Disclosure qui se produisent en même temps n’empêche pas la Marquee d’être blindée. Sur une scène composée de palmiers, Max Colombie nous envoûte avec sa dream-pop (parfois aussi électronique et même proche du rap le temps d’un titre). Le fait d’être néerlandophone profite évidemment au groupe dont le public semble déjà connaitre le premier album Entity. Il va être temps pour le groupe de s’intéresser à la France. A moins que ce soit l’inverse car je n’avais jamais eu écho de ce band avant l’annonce du Pukkelpop. A l’image de la chanson « Princes », le set est hypnotique et dansant. Encore un concert qui se finira dans la frénésie la plus totale.. Épatant! Et l’un des grands gagnants du jour à l’applaudimètre! Journée exceptionnelle selon moi, la meilleure journée de festival de ma vie. Et pas certain que demain soit moins bon!

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