Live-Report de Beauregard J3 (A.Obel, D.Albarn, Seasick Steve, etc)

Après que  les groupes français Bess et Portier Dean nous aient mis doucement dans l’ambiance sans rien proposer d’exceptionnel, c’est Seasick Steve qui prend place  sur la scène principale . Un duo de « vieux » barbus américains qui sentent fort l’Amérique profonde, et le wiskhy. Le « leader » Steve Gene Wold porte un jean à bretelles qu’il ne quitte jamais, et une casquette « John Deere » (célèbre marque de tracteurs). Un look et une aise sur scène qui pourrait rappeler The Eels. Le genre à faire tout de suite bon effet auprès du public. Et effectivement, il fait vivre le concert et nous transmet facilement sa bonne humeur. Il invite par exemple une fille sur scène avant d’interpréter une chanson romantique.

Seasick Steve

Un autre des plaisirs de Seasick Steve est de  détourner des objets de leur fonction première pour en faire des guitares, etc. On le retrouve souvent avec des instruments formés avec un peu n’importe quoi, et fonctionnant à peine (spatule de barbecue, rame de barque, canette de bière, etc). Mais si il prouve qu’avec presque rien, et très simplement, on arrive à des très bonnes choses. L’un de ces objets « inutiles » a même été offert par Jack White (ils sont sous le même label). Pour un petit point biographie, j’ai d’ailleurs été surpris d’apprendre que Steve a déjà 73 ans (la cinquantaine ne m’aurait pas surpris). Il n’a sorti son premier album solo qu’à l’âge de 63 ans. Avant cela, il était surtout un musicien itinérant : Un départ à l’âge de 13 ans du domicile de ses parents, des galères, et pas moins de 50 déménagements en 25 ans ensuite avec sa femme et ses enfants. Ce total inconnu pour moi a quand même côtoyé du beau monde avec rien de moins que Janis Joplin ou encore Kurt Cobain.

Je n’ai aucune certitude que la recette fonctionne aussi bien sur ses albums puisque j’ai surtout retenu les qualités du « show » plus que de sa musique blues. Cependant je vais rapidement me pencher dessus. D’autant plus que son histoire a l’air particulièrement intéressante et me conforte dans l’idée que j’avais en le voyant sur scène en faisant un lien avec Mark Oliver Everett. A n’en pas douter, un artiste très intéressant.

YodeliceEnsuite c’est Yodélice qui prend possession de la scène B, j’apprécie plutôt bien ses  albums mais ce concert m’a laissé dans une certaine indifférence, ni mauvais ni bon. Cela dit, a présence d’une certaine base de fans a su mettre un peu d’ambiance, avec une bonne proximité entre l’artiste et le public.

Et voilà un enchaînement de toute beauté : Agnes Obel, Breton, Damon Albarn. La danoise est heureuse de revenir sur un des premiers lieux qui l’ait accueilli à ses débuts en Europe. Agnes Obel a pris une autre dimension avec son dernier album, l’entrainant sur les grandes scènes des festivals. Des scènes principales généralement bien trop grandes pour de la musique « intimiste », où la qualité du son ne respecte souvent plus grand-chose du travail de l’artiste. (cette année la palme ira probablement à LDR sur la Grande Scène de ReS). Mais pour en revenir à Beauregard, la présence d’Agnes Obel est surtout la confirmation que dans ce festival à taille humaine, le son  n’aurait presque rien à envier d’une salle de concert. Evidemment, Beauregard n’est ni un théatre, ni un opéra mais j’ai pu profiter pour la première fois d’Agnes Obel sans qu’une frustration naisse et que je me dise : « Bon bah je vais devoir payer ma place 45€ pour la voir dans de bonnes conditions de concert… ». Et c’est une frustration assez fréquente avec les groupes  se produisant sur les grandes scènes des festivals. On va quand même noter que le temps d’un titre et sur la fin d’un autre morceau, des  fréquents « boom boom »  étaient bien désagréables pour nos oreilles.

Sur le reste, nous avons pu voyager avec sa musique aussi facilement qu’à l’écoute seule chez soi de ses albums. Peut-être pourrait-on sinon reprocher  sa programmation de plein jour, le seul point qui nous avait titillé avec un ami en regardant les horaires. Mais pour ma part la défaite de Federer à Wimbledon la minute précédant le début du concert (timing parfait) m’aura permis d’être facilement dans l’ambiance.. Beauregard me donne donc  tort sur le seul reproche qu’on avait à faire sur l’organisation !

BretonLa beauté du concert d’Agnes Obel m’aura permis de digérer  la défaite, de quoi être fin prêt pour Breton que je n’avais pas vu depuis un petit moment. Les premiers morceaux réveilleront immédiatement mon amour pour eux, je n’en ferai pas des tonnes puisqu’on a normalement tous eu l’occasion de les voir et s’en faire sa propre idée. Néanmoins, la logique a été respectée :  Je n’ai pas beaucoup plus accroché ici que sur album aux morceaux de War Room Stories.

On part un peu avant la fin pour aller se placer pour Damon Albarn. Étonnement, je n’étais pas particulièrement excité avant de le voir pour la première fois en solo. Jusqu’à son arrivée  sur scène. Il ne nous faut pas longtemps pour comprendre que Damon Albarn n’a aucune intention de rester  assis devant son piano. Et c’était pas notre envie non plus. Comme avec Blur, il ne peut s’empêcher rapidement de gesticuler dans tous les sens, sauter (alors que l’instant ne s’y prêtait pas plus que ça) ou arroser la foule (il ne faisait pas chaud, et les groupes précédents n’avaient pas plus vocation à nous réchauffer). En le voyant ainsi malgré un album solo qui donnait les prétextes à s’assagir sur scène, on imagine mal ne pas revoir un album sous Gorillaz. Ce groupe qui a représenté une bonne moitié de la setlist d’un concert forcément beaucoup trop court (1h, il s’en excusera en milieu de set). Mais n’allez pas penser que l’écouter jouer des morceaux de son album solo était chiant. C’était (presque) tout aussi génial,  et on ne peut que penser également au groupe qui l’entoure en disant cela. Quel talent chez eux aussi ! Si A.Obel a su me contenter en une heure, de la fin du concert de D.Albarn naît une inévitable frustration de l’avoir revu si peu de temps.

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Un point bouffe, ça te dit ? (si non, saute ce paragraphe)

On profite de John Butler Trio pour aller manger au Big Marcel. Un nouveau stand (il me semble) très populaire où l’attente est de 30 minutes, mais avec pour belle récompense des burgers délicieux à partir de 7€ (donc le tarif normal des burgers en restaurant). Simplement l’occasion de rappeler parce que sur 1 à 3 jours de festival c’est un point important : La bouffe est vraiment bonne à Beauregard. Plus exceptionnel encore on en a même pour son argent. C’est des choses qu’on aime voir en festival et qui crée d’autant plus un certain attachement à Beauregard.  Sinon, dans un grand esprit critique je me lance : Bah John Butler Trio on l’a quand même écouté en faisant la queue et en mangeant, ça  passait bien. Parce que c’est également une qualité de Beauregard, peu importe où tu es situé, tu entends bien et vois bien la scène (ou l’un des écrans géants).

PixiesOn peut aller finir la soirée devant les Pixies. Honnêtement je connais le groupe comme tout le monde le connait, mais pas plus que cela.. Et les très mauvais échos des derniers EPs me laissaient dans le doute : Pas envie de revivre les apathiques Smashing Pumpkins de l’an dernier. Ce dernier album n’a eu  aucune incidence sur la qualité des lives du groupe qui ont un répertoire bien assez gros pour combler la faiblesse ( ?) d’ Indie City. Et les membres étant concernés et motivés… ça paye forcément. En toute fin de soirée,le spectacteur risque à l’inverse d’être moins concerné et motivé par le concert. Alors nous laisser malgré tout sur une bonne impression, sans nous avoir fait quitter le concert pendant l’heure et demi sur scène, c’est déjà assez fort. A noter qu’il n’y a pas eu un seul mot pour le public (mais on s’en fout) et que les enchainements d’une chanson à l’autre étaient très rapides. Un concert d’une heure 30, sans un seul répit. Un vrai show qui auront sans mal combler les fans. Un sentiment semble t’il assez partagé  dans les autres festivals où ils se sont produits ce week-end.

C’était court de ne passer qu’une journée là-bas mais on a pas du tout été déçu par ceux qu’on attendait : Agnes Obel, Breton, Damon Albarn. Et comme un festival n’est jamais totalement réussi sans une bonne découverte, on a eu le droit aux sympathiques  Seasick Steve.

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