Eels – Les récits de vie de Mark Oliver Everett

On ne vous refera pas toute l’histoire du leader d’Eels, Mark Oliver Everett (E), dont on vous avait chroniqué le précédent album Wonderful, Glorious! paru il y’a un peu plus d’un an. Comme son nom l’indique, The Cautionary Tales Of Mark Oliver Everett est un album plus personnel. E nous raconte ses diverses expériences et erreurs au cours de la vie. Bien que les histoires soient donc toutes tirées de la vie d’E, ce n’est pas un album solo pour autant. Pour la seconde fois, E a été intégralement accompagné par son groupe dans la production, l’écriture, les arrangements. C’est également la seconde fois qu’un album sort de son studio personnel.

Le groupe a commencé à travailler sur les chansons de cet album pendant Wonderful, Glorious!, avant de revenir dessus après une tournée de plus de 75 dates  (lire notre live report). L’objectif ? Garder la même authenticité et écrire des chansons qui mettent bien plus mal à l’aise E que celles du précédent album. Il est vrai que le précédent album que nous avions adoré était résolument énergique avec des perspectives optimistes sur la vie.  E change totalement d’ambiance avec ce nouvel album. Il n’hésite pas à dire qu’il est le plus personnel et dur qu’il ait écrit de sa carrière avec Electro Shock Blues. Ceux qui connaissent bien l’album le plus populaire de la discographie d’Eels auront donc compris qu’on ne s’amuse pas avec The Cautionary Tales Of Mark Oliver Everett. En preuve qu’E se met à nue : C’est la première fois qu’il pose seul et à visage découvert sur la pochette d’un album. On le voyait jusque-là seulement sur celle de Souljacker mais capuche et grosse barbe au visage avec son ancien chien.

Dans Agatha Chang, E parle d’un homme ayant tout pour être heureux mais qui n’arrive pas à profiter de la relation avec sa copine.

Un parallèle est facilement fait avec le premier album solo de Damon Albarn, Everyday Robots : Même date de sortie, même narration très personnelle, et une musicalité assez proche bien que plus acoustique pour le leader de Blur. E s’entoure effectivement de nombreux instruments en toile de fond sur lequel il appose son (triste) chant dans un climat plus qu’intimiste : Violon, flûte, saxophone, basson, trompette. Pour les instruments moins ordinaires, on retrouve également une scie musicale et un glockenspiel. On a donc de quoi faire. L’une des volontés premières d’E dans cet album est de se rapprocher du son d’un Bob Dylan ou Leonard Cohen.

On saluera toujours cette initiative de nous livrer ses « tranches de vie » (« cautionary » n’a aucun équivalent français), surtout dans un délai si proche du précédent album puisqu’on a à peine eu le temps de s’impatienter. Cependant il m’a été beaucoup plus difficile de rentrer dans cet album. The Cautionary Tales  est surtout poétique. Il est donc indispensable ou presque de comprendre et écouter attentivement les paroles pour se laisser séduire. Malgré tous les instruments qui l’entoure, les chansons sont assez ennuyantes pour un rendu plus minimaliste qu’on ne l’aurait pensé. Sur ce critère Damon Albarn a mieux réussi son coup, sans me faire un grand effet pour autant. Et surtout, ce n’est pas la période propice à se rouler en boule sous la couette pour se plonger dans des ambiances pareilles.

Mais puisque l’intérêt tient majoritairement dans les paroles, sans rentrer dans les détails parlons donc des thèmes abordés ici. Des histoires qui illustrent ce qu’on a pu notamment lire dans sa biographie (toujours fortement recommandée). E cherche à établir les responsabilités de chacun. Il accuse tout d’abord le Monde des déboires de sa vie avant de voir sa propre part de responsabilité : Il n’a pas assez écouté les autres, et ne s’est pas remis en question. E comprend finalement qu’il doit changer et ne plus répéter les mêmes erreurs de jeunesse dans Mistakes Of My Youth, l’un des singles et meilleurs morceaux de l’album.

Au final difficile d’être véhément avec cet album qui a été écrit avec le coeur. Simplement on préfère le contenu varié d’un Wonderful, Glorious! qui alternait très bien les morceaux funs avec des morceaux calmes. Ce nouvel album reste lui sur un même créneau trop sage et triste pour en profiter alors que l’été pointe le bout de son nez. L’erreur de The Cautionary Tales Of E est de sembler avoir été écrit pour l’auteur lui-même, en forme de thérapie, plus que pour l’auditeur qui peine à ressentir l’émotion initialement recherchée… et qui s’ennuie. Toujours généreux le groupe nous livre néanmoins un second CD contenant de nombreux inédits et lives sur des radios américaines (WNYC, KCRW). Cette face B permet de retrouver un peu plus de plaisir dans l’écoute.