Un jeudi @ Pukkelpop (Eminem, NIN, GY!BE, etc.)

Live Report réalisé conjointement avec les avis d’OK_Li sur les concerts. Dans le cas où rien n’est précisé, notre opinion est identique. CR du Vendredi. CR du Samedi.

DSC01290Jeudi, 11h30. OK_Li et moi-même arrivons à Kiewit près d’Hasselt tandis que résonne School Is Cool jusque dans le camping.  A cette heure matinale, le groupe effectue le dernier concert de sa tournée du très bon « Entropology » (2011) . Pour nous, cela débute deux heures plus tard avec Mac Miller. Sur le premier quart d’heure, le rappeur américain donne un show ordinaire avec seulement lui et un DJ sur scène. Sur la Main Stage, ça fait étriqué et c’est en conséquence très monotone, pas totalement de sa faute donc. Je ne perds en tout cas pas mon temps pour aller découvrir les prometteurs new-yorkais de Parquet Courts. Vous le constaterez dans ce live-report, avec sa programmation vaste et de qualité, le Pukkelpop ne me laisse pas vraiment le temps de m’attarder sur des groupes qui ne me convainc pas après 15 minutes. Pour Parquet Courts, c’est sans difficulté qu’on reste sur leur set en entier. Pied au plancher, leur punk-rock est vif, nerveux et donc très efficace. Que ce soit via leur premier album « Light Up Gold » ou ce live, Parquet Courts nous démontre qu’il faudra compter sur eux à l’avenir!

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DSC01302On passe ensuite sur la scène du Club pour y voir les mélodieux Allah-Las. Très influencé par son origine californienne, le groupe propose un mélange réussi de surf-rock et psyché à l’accent 60’s. Peut-être pourrait-on simplement faire remarquer que pour celui qui ne connait pas l’album, le passage d’une chanson à l’autre ne se fait pas assez sentir. Mais sur un set réduit de 40 minutes, ce n’est pas suffisamment contraignant pour ne pas prendre du plaisir à écouter le groupe.

DSC01317Dans cette journée très marquée « Rap US », je me rends ensuite au concert de Kendrick Lamar. Contrairement à Mac Miller, on a là un show beaucoup plus complet à mon sens. Celui qui s’auto-proclame « roi de New-York » fait honneur à sa réputation! Des musiciens l’accompagnent (rien d’extraordinaire) mais ils rajoutent malgré tout une plus value à son live. Et puis Kendrick semble heureux sur scène en plus de nous offrir un show « carré ». On ne s’en plaindra pas. D’autant plus dans un genre musical où les rappeurs US se foutent assez souvent de notre gueule quand ils viennent en Europe (coucou Eminem).

DSC01318Après ce bon moment, on retourne dans un genre totalement différent avec Badbadnotgood, un trio natif de Toronto. Les canadiens ont laissé place à un free jazz teinté hip-hop au Club. Un style musical pas si accessible mais ils arrivent via les percussions, claviers et basse à distiller le tout de manière attrayante et festive! On retient notamment les deux derniers morceaux « agressifs » qui auront mis un peu le bordel dans les premiers rangs. Une ravissante découverte pour nous!

DSC01321On passe ensuite en vitesse à Villagers qui nous emballait peu sur son dernier album, et pas davantage en live, pour aller voir Float Fall. On misait beaucoup sur le set des louvanistes mais nous sommes restés circonspects en sortant de la scène Wablief?! On n’a pas bien compris où voulaient nous emmener Float Fall. Hormis son titre phare « Someday » et la reprise des Korgis (Everybody’s got to learn sometime), le set live nous a baladé dans une pop-électro minimaliste parfois très étrange où on sent le besoin de retravailler les morceaux. Aucun EP ou album ne sont prévus pour l’instant. On garde espoir car Float Fall pourrait sinon en décevoir plus d’un avec des compositions bien en dessous et sans point commun avec le pourtant magnifique single Someday qui les comparait déjà à The XX. Au rayon des autres critiques, on est forcément déçu que la belle voix féminine de ce duo soit si peu mise à contribution… Enfin, un dernier avis : le duo est beaucoup trop timide sur scène. A la manière de The XX justement, on aimerait qu’ils jouent « ensemble » pendant les morceaux, se regardent, quitte à jouer pratiquement face à face. Hors aujourd’hui, ils semblaient jouer dans une indifférence mutuelle selon nous. Pas très amusant alors que Someday (encore lui) se prête pourtant à merveille à la connivence.

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Après cette déception, je me dirige vers le Dance Hall (l’unique fois des trois jours) pour AlunaGeorge. Mes attentes autour du groupe ne sont pas énormes depuis que j’ai entendu leur premier album Body Music qui est une belle déception alors que les singles annonçaient peut-être l’un des albums de l’été. Point positif du live : si l’album est aussi long que les jambes de la chanteuse, ici le live est limité à 45 minutes. Et c’est bien assez pour passer un bon moment, sans plus de prétention.

DSC01351Après une petite pause d’une heure, on entre dans le vif du sujet, il est 20 heures. Cela commence par le set de Johnny Marr. ex Smiths qui vient se placer judicieusement après Miles Kane. Le mancunien arrive sur scène avec une rose blanche à la bouche tel un dandy! A l’inverse de Morrissey, Johnny Marr en live garde un son fidèle aux Smiths. Son set est propre et mélodieux! Il en impose à la guitare et devient de plus en plus un guitariste soliste de haut vol!

Tandis qu’Olivier est resté pour Johnny Marr, je file voir Nine Inch Nails. Oublions tout, on change de dimension. Je ne connaissais le groupe que depuis les annonces des festivals. J’ai donc eu un peu de temps pour découvrir les 4 albums de leur discographie les mois précédents le Pukkelpop (mais sans grande attention non plus). Alors ce que j’ai vu au Pukkelpop m’a juste époustouflé. Je m’étais d’ailleurs gardé la surprise en ne regardant qu’un seul morceau sur Youtube. Musicalement, le rock industriel de ce groupe mené par Trent Reznor est parfait. Ça ferait bouger tout le monde si l’audience présente devant la Main Stage n’était pas là pour Eminem. Puis il y a le lightshow éblouissant de la première à la dernière minute, tout comme la mise en scène dans sa globalité (les projections sur les écrans) qui nous en met plein la vue. Et tout simplement Trent Reznor lui-même, impeccable sur scène. Nine Inch Nails m’a fait le même effet que la première fois où j’ai vu Sigur Ros.  D’un côté, j’ai envie de fermer les yeux et partir loin avec sa musique. D’un autre côté, chaque seconde où je ferme les yeux, c’est une seconde de trop perdue sur un show visuel qui côtoie la perfection. Et pourtant… NIN a terminé son show dix minutes plus tôt, passant ainsi deux chansons que les fans auraient forcément voulu entendre. La raison ? Le mécontentement de Trent Reznor sur le rendu du lightshow, et le fait de « jouer » pour des fans d’Eminem. Si le second point est défendable, pour le premier après 30 minutes de show on était dans une bonne obscurité. Mais je ne vais pas lui reprocher cette exigence, moi qui déteste les festivals qui programment Savages en plein jour par exemple (coucou Rock en Seine).

Savages justement, je fais l’impasse dessus afin de rester bien positionné pour Eminem. Je vous laisse donc Olivier en parler : « Groupe punk-rock composé de quatre filles. La chanteuse arrive en premier sur scène dont seul ressort de cette obscurité et de leurs tenues noires la paire de chaussures rouges de la leader, de quoi nous magnétiser. Elle a une vraie présence scénique et se déplace de manière féline tout le long de la scène. Le reste du groupe a un excellent niveau musical. On sent énormément de potentiel dans ce band. » Et pour les avoir vu en salle à La Maroquinerie, je ne peux évidemment qu’être d’accord. C’est l’une des révélations de l’année.

Toujours détaché au rap, c’est donc sans Olivier que je regarde le concert d’Eminem. On ne peut pas lui en vouloir quand on constate déjà 25 minutes de retard pour Eminem. De quoi me mettre sur les nerfs. D’une part car les visuels entre les concerts sur la grande scène m’ont rendu particulièrement fou à force d’attendre (des formes rectangulaires qui coulissent/montent/descendent). De deux car j’ai raté les excellentes Savages pour attendre comme une merde un « artiste capricieux et irrespectueux qui chante en playback » (synonyme : rappeur américain).  De trois parce que du coup le concert a mordu sur une partie de GYBE!. De quatre parce qu’après plus de douze heures debout j’aime encore moins qu’on me fasse attendre debout.

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Alors évidemment, déjà, ce genre de désagrément – et les excellents NIN juste avant – ajoute une certaine exigence autour du concert. J’ai pas vraiment envie qu’ensuite l’artiste se foute encore de ma gueule. Bon, Eminem arrive sur scène. Il saluera à plusieurs reprises Bruxelles (on n’est pas à Bruxelles faut-il le préciser). Bon.. Les décors sont quand même assez « cheap » par moment pour un mec qui touche apparemment près d’un million en cachet et qui se produit pas avec les meilleurs musiciens du Monde, loin de là. Ceci dit je ne suis pas non plus très étonné. Je ne m’attendais pas à une mise en scène dingue, ni même à ce qu’il soit accompagné d’un « Band », ni à ce qu’il se casse le cul avec une performance 100% LIVE (et non playback). En revanche, je m’attendais à la participation de Kendrick Lamar mais ce fut finalement son acolyte du projet Bad Meets Evils (et certainement un membre du D12?) qui ont participé au show. Pour le reste du concert, c’est un mélange de chaud et de froid. Cela fait dix ans que je n’aime plus un album d’Eminem donc ce sont surtout les morceaux anciens (jusqu’à The Eminem Show les albums sont cultes) qui me font plaisir, et forcément ils étaient encore trop rares à mon goût. D’autant que ceux-là sont parfois joués en « medley » afin de nous faire arriver à une impressionnante liste de 27 morceaux (cf. la setlist) bien que le concert ne durait qu’une heure 30. Auprès du public, c’est en tout cas Stan qui a semble t’il reçu le plus gros succès, la foule reprenant le refrain. En résumé, voir Eminem ce soir vient davantage combler un rêve de gosse que me procurer un réel plaisir musical. Ça ne restera bientôt plus qu’un bon souvenir « J’ai vu Eminem en concert il y’a quelques années. » en me gardant bien de parler de la qualité contestable du show.

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Après être ressorti difficilement de la Main Stage, je vais finir cette première journée en filant rapidement vers Godspeed You! Black Emperor mais ni mon corps ni ma tête suivent pour rentrer dans le concert, contrairement à Olivier qui peut lui vous en parler : il est en effet pas évident de positionner en festival un groupe inclassable comme GY!BE mais les canadiens ont relevé le pari. Celui de nous emmener dans leur magma sonore. Ce groupe est un véritable volcan musical où résonne le violon, le dulcimer, les abondantes guitares saturées, etc. C’est dans cet environnement cinématographique que nous emportent les québecois via leurs longues séquences musicales. Le tout n’est pas très loin des projets de David Lynch. La projection d’images durant le concert soutient cette idée. Une bonne partie du dernier album est passée en revue pour notre plus grand plaisir.