Live Report des Vieilles Charrues, vendredi 19/07

Pour la première fois, je me suis décidé à mettre les pieds à Carhaix-Plouguer. Initialement, pour Elton John… qui a été remplacé par Patrick Bruel à quelques jours du festival. Mais tant pis, on a toujours Juveniles, BRNS, Suuns et 2/3 découvertes à y faire (Rangleklods, Youn Sun Nah), en plus d’enfin pouvoir me faire un avis sur ce festival que j’ai tant aimé critiqué. Il faut dire que la programmation des Vieilles Charrues est rarement « pointu » tout comme son public qui s’y rend parfois sans même connaitre la programmation (c’était le cas de mes 3 passagers du covoiturage). Cependant, je constate quelques progrès depuis l’an dernier (Triggerfinger, Baxter Dury, Rich Aucoin, Other Lives, Metronomy, Bloc Party le même jour de l’édition 2012!)

Half Moon RunDonc on arrive sur le site des Vieilles Charrues alors que le set d’Half Moon Run a déjà commencé. Que je les vois dans une petite salle ou ici, le constat est identique : ce groupe assure. Le premier album Dark Eyes de nos canadiens est une réussite, aussi bien en studio qu’en live. Les gens sont conquis, et plutôt connaisseurs. Half Moon Run s’est déjà fait un nom dans le milieu, notamment grâce à leur très bon single Full Circle. On veut bien parier que ce groupe est promis à un très bel avenir si il garde cette qualité.

Premier temps mort de la journée puisqu’avant Juveniles, c’est Rokia Traoré qui se produit sur la scène Glenmor. Désintéressé, je profite donc de ce temps pour aller profiter de l’ombre que nous offre le chapiteau de la scène des Vieilles Charrues.

Juveniles16h30, Juveniles arrive donc sur la scène Grall. Le public est assez bouillant pour un jeune groupe, qui de plus se produit à cette heure-ci, on est même entassé dans les premiers rangs. Cela me permet de faire une comparaison avec le festival Beauregard où Juveniles y jouait aussi, car ici les festivaliers – qu’ils connaissent ou non le groupe – sont beaucoup moins posés qu’à Beauregard. Il est vrai, le fait qu’il y’ait beaucoup plus de festivaliers aux Charrues aide. Les premiers rangs y sont forcément peuplés par les plus dynamiques (on a eu le droit à quelques pogos). Concert donc bien appréciable et on n’en dira pas plus de leur concert puisqu’il y’a dix jours nous vous en parlions déjà.

Lilly Wood & The PrickOn file sur la seconde scène, à savoir la scène Kerouac pour y voir un bout de Lilly Wood & The Prick. Il est difficile de se frayer un chemin dans les premiers rangs donc on reste à l’écart. Concert plutôt sobre (et chiant?) des français qui ne se démarquent pas de la scène pop/folk française. On notera juste l’explosion de confettis sur la fin afin de mettre plus d’ambiance. En deux mots, de la pop légère.

On retourne alors sur la scène Grall, la scène qui nous intéresse le plus. L’annulation d’Elton John a permis de me faire découvrir Rangleklods, qui se produit donc au même moment que Patrick Bruel. Pour faire rapidement les présentations, Rangleklods est un projet solo d’Esben Anderson d’electro-pop / synthpop. Ici on fait du son uniquement avec deux Mac, boite à rythmes et synthétiseur. Le résultat est une musique d’ambiance/club, minimaliste, mélodique et rêveuse avec des sons triturés pouvant peut-être par moment nous rappeler James Blake, puisque derrière tout ça vient s’ajouter la voix d’Esben Anderson (plus grave que celle de James Blake) et celle de sa partenaire qui s’est plus récemment ajoutée au projet pour former un duo (on ne l’entend donc pas sur l’album). Les danois qui sortaient d’une tournée européenne calamiteuse (bagages perdues, dates manquées, météo horrible) ont assuré le show devant un public peu nombreux et assis, exception faite des premiers rangs. Il faut dire que jouer en même temps que la tête d’affiche, en étant totalement inconnu, et avec de la musique expérimentale, on ne s’attendait pas à autre chose. Je vous laisse devant ses quelques photos et un extrait de leur album Beekeeper.

LescopAprès cette très bonne découverte, on va voir Patriiick sur la scène Glenmor. Au moment où je m’y rends, il est alors seul sur scène. Il discute beaucoup, chante quelques extraits des chansons qu’il ne jouera pas aujourd’hui. Ce n’est donc pas le meilleur moment pour que je puisse me faire une meilleure opinion de son concert bien que je le verrais offrir un bon moment aux spectateurs avec « Mon Amant de St Jean », repris par tous. Je quitte donc la scène pour aller faire un petit tour du côté de Lescop, du déjà vu donc rien à en dire sur les 2/3 titres que j’en ai vu.

Je me dirige sans plus attendre vers le petit chapiteau de la scène Gwernig pour le concert intimiste de la coréenne Youn Sun Nah. J’en avais entendu un peu parlé avant, et je connaissais donc déjà son dernier album Lento. Je ne suis pas fin connaisseur ni fan de Jazz mais l’artiste m’a plu, j’avais donc hâte de me faire une idée en live. Tandis qu’elle arrive sur scène avec le guitariste Ulf Wakenius, les gens continuent de se « battre » pour savoir si ils resteront assis ou non. Cause perdue pour ceux qui criaient aux premiers rangs « ASSIS! », on se lève donc pour le concert. D’humeur toujours joyeuse et d’un air toujours amusé, Youn Sun Nah va nous faire passer un superbe moment, avec un style faussement décousu. N’étant pas spécialiste dans le domaine, je ne saurais alors comment décrire la prestation, mais en tout cas, c’était à la fois beau et amusant. Et je n’ai pas pu échapper aux frissons sur Momento Magico : La voix de Youn Sun Nah est si belle et impressionnante. Mais le mérite revient aussi à Ulf Wakenius, génialissime guitariste. Deux extraits pour que cela vous parle si vous ne la connaissez pas : Tout d’abord Calypso Blues et ci-dessous Momento Magico.

BRNSAprès une petite hésitation, je décide quand même de quitter la scène avant la dernière chanson pour ne rien rater de BRNS. « brains » qui joue à 22h en festival, voilà qui est plutôt rare et fort appréciable. Je les voyais pour la quatrième fois mais c’était ce coup-ci l’occasion de découvrir de nombreux nouveaux morceaux, moins « percutant » et « efficace » que ceux de l’EP Wounded, BRNS ne voulant pas répéter la même recette. Il faudra donc une période d’adaptation pour se faire à ces nouvelles productions car quand on les entend pour la première fois en live, on se sent forcément moins « concerné ». En tout cas, ce qui m’a clairement épaté sur ce concert, c’est l’ambiance! Le public était en nombre (c’était pendant M) mais surtout connaisseur! J’ai vu un engouement que je n’avais jamais vu sur les précédentes dates (certes, elles remontent à 2012 – Dour et ReS notamment). Les festivaliers des premiers rangs reprenaient les paroles de Mexico (et pas seulement), par exemple. De quoi tous nous persuader un peu plus que BRNS va exploser à la sortie de leur premier album (pour quand? On l’ignore.). Alex Stevens (programmateur de Dour Festival) ne s’y trompe pas quand il dit que la Belgique n’avait pas connu pareille sensation depuis Girls In Hawaii.

TDCCLe sTDCCet de BRNS étant fini, j’ai une heure devant moi avant Two Door Cinema Club. J’en profite donc pour regarder un peu du concert de M mais il y’a vraiment trop de monde pour en profiter dans des conditions agréables. Les deux scènes principales des Charrues sont sans surprise pas à mon goût, même si le nombre impressionnant de festivaliers et l’excellente ambiance qui règne dans ce festival permet toujours d’offrir des moments plus appréciables que sur la scène principale de Rock en Seine. Je constate simplement que la voix de M quand il parle m’est désagréable. On passe de l’autre côté pour attendre les Two Door Cinema Club. Jusqu’à présent, malgré l’extrême popularité du groupe qu’on peut croiser partout depuis quelques années, je m’étais toujours débrouillé pour ne pas les voir mais aujourd’hui c’était l’occasion.. Je ne suis en effet pas fan de leur musique, de la pop très quelconque. J’attendais éventuellement qu’ils me fassent changer d’avis avec ce concert mais ça ne sera pas le cas. Groupe ennuyant.

SuunsLe festival touche à sa fin puisqu’on attend plus que Suuns. La faute à Paul K, le public est très clairsemé pour leur concert. Pire, on est que quelques-uns à bouger sur leur musique. Ce qui m’attriste un peu car leur prestation est aussi excellente que sur album! Musique hypnotisante, parfaite pour cette heure tardive (2h du matin). Je m’étais dis qu’en contrepartie de ma venue aujourd’hui aux Charrues, je n’irais pas voir Suuns dans le cadre du festival les inRocks. Et bien cela va être difficile de tenir ma parole après ça.

Le festival se finit donc pour moi, et le bilan est finalement très positif. Pour ce qui tourne autour de la musique : Le public est certainement moins exigeant qu’un autre mais du même coup il y’a un engouement pour chaque groupe qui s’y produit, c’est donc vraiment sympa d’avoir des concerts de Juveniles, BRNS dans des ambiances aussi bonnes! Puis là où les Charrues marquent des points, c’est quand même sur l’organisation générale. Festival confortable (herbes, quelques chapiteaux, etc), conso et les prix raisonnables (eau gratuite, soda à 1,50€, camping gratuit) et qu’on ne paye pas en jetons ou tickets. Cela peut paraitre secondaire mais en comparaison des autres festivals que j’ai fais dans le Nord (MSF, ReS, Dour) l’économie sur 4 jours notamment peut être énorme, et donc non négligeable! Il y’a aussi les horaires des concerts : BRNS à 22h, Suuns à 2h du matin, en finissant à 3 heures du matin (et en proposant autre chose que de l’electro), cela fait beaucoup d’heures de concerts dans une ambiance de nuit. Le seul défaut notable étant pour moi les deux scènes principales, monstrueuses et les quelques écrans géants n’aident même pas tant ils peuvent malgré tout être loin de nous…

Pour la musique et les groupes, et bien malgré l’annulation d’Elton John et la prog’ « grand public » des Charrues j’ai quand même pu découvrir Rangleklods et Youn Sun Nah qui furent deux excellents concerts. En plus des valeurs sûres BRNS, Suuns et à moindre importance (car récemment vu) Juveniles. La journée aurait vraiment été excellente si seulement Elton John n’était pas tombé malade.

Désormais, je regarderais quand même avec plus grand intérêt la prog’ des Charrues, en m’assurant que si je veux voir des groupes « indés », ils ne soient pas sur les deux grandes scènes.