J’ai vu Sixto Rodriguez @ La Cigale

Je l’ai découvert comme beaucoup fin 2012 pendant la promotion du documentaire « Sugar Man ». C’était forcément avec hâte que j’attendais de le voir en concert. Après quelques dates annulées pour « se reposer » et deux dates rapidement sold-out au Zenith, Sixto Rodriguez se produisait à La Cigale le 05 Juin. J’y étais et je vous raconte :

L’emballement n’est pas de mise ce 05 Juin, les quelques retours que j’ai pu lire des dates au Zenith sont loin d’être positifs. Un sentiment que je ne partage pas immédiatement. Cependant, quand Sixto Rodriguez arrive sur scène on est forcément « étonné » : Il doit se faire accompagner doucement par deux de ses musiciens jusqu’au micro. Sixto parait très diminué en plus d’être quasiment aveugle. Cependant, le concert débute plutôt « correctement » par Climb up on my music. Jusqu’à la quatrième chanson, je suis donc agréablement étonné que le désastre n’ait pas encore lieu.

Mais une fois le premier quart d’heure passé, le temps pour Sixto Rodriguez de retirer sa veste, c’est la chute libre. Les bras apparents, je constate encore un peu plus que l’homme qui se tient devant nous est largement affaibli. Ses mains, quant à elles, grattent un peu « n’importe comment » sur sa guitare à tel point qu’on aurait bien du mal à reconnaître les chansons de son répertoire, entre des reprises de Carl Perkins ou encore Bob Dylan à qui on l’a souvent comparé. Ses musiciens au charisme proche du néant et au talent tout aussi limité n’y peuvent donc pas grand chose : Difficile aussi pour eux de suivre le rythme d’un concert mené totalement aléatoirement par Rodriguez. Ça nous laisse même l’impression qu’ils tentent de déchiffrer ce qu’essaye de jouer Rodriguez lorsque celui-ci débute seul une chanson. En note positive, je retiens quand même son titre le plus populaire Sugar Man qui fut un plaisir à entendre en live puisque la version live ne s’écartait encore pas trop de l’original. Et un autre morceau avec du piano qui permettait de « masquer » les guitares. Ce que je dis peut prêter à sourire mais tout était bon à prendre pour ne pas cracher du sang de mes oreilles.

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Bien que les deux albums de Sixto Rodriguez soient pour moi deux des plus beaux albums que je connaisse, je suis fortement gêné devant le spectacle, à m’en faire presque regretter d’être venu. Mais ce sentiment, je le dois aussi beaucoup au public qui m’a dégoûté en moins de 15 minutes. Sur scène, à côté de « Sugar Man » une table ronde avec de l’eau. On se doute que Sixto n’y touchera jamais, celui-ci a en effet pris énormément goût à l’alcool. Ce qui explique aussi son état de santé actuel : Tout au long du concert, ses partenaires viennent le replacer devant le micro, l’aide à le tenir dans ses mains et j’en passe que sa très mauvaise vue ne peut expliquer à elle seule.

Sixto Rodriguez demande donc à plusieurs reprises du vin, ce qu’il sait d’ailleurs réclamer en français. Evidemment, en backstage tout le monde se plie à ses exigences.  Une partie du public l’encouragera pendant tout le concert en lui criant « OUAIIII OUAIIIII » quand celui-ci s’enfile quelques gorgées. Je dis « quelques gorgées » mais en général, une seule lui suffira à vider le verre. Et d’ailleurs, des « CUL-SEC! » seront même criés dans la salle, sans honte. Pour en dire du positif de ce public, c’était malgré tout des « fans » ce soir-là, prêt à tout pardonner à Sixto Rodriguez, à reprendre ses chansons et à le féliciter toujours plus fort. Mais comme vous le savez, être bourré c’est cool. Et quand en plus on est artiste ET alcoolique, alors là c’est le TOP du cool! Devant tel spectacle, on peut se demander si les fans n’attendaient pas que Rodriguez s’écroule sur scène pour dire « J’Y ÉTAIS QUAND IL EST MORT! » et prendre des photos pour les poster sur Twitter.

Bref, un public d’une profonde débilité mais malgré tout « adorable » avec Sixto Rodriguez. D’ailleurs, des fans (dont un « sosie ») se permettront de monter sur scène pour le prendre dans ses bras très accueillants avant que la sécurité les fasse quitter la scène. Si Sixto n’est plus dans un état lui permettant de nous livrer des bonnes prestations, on sent quand même qu’il se produit sur scène avec beaucoup de plaisir. Lui-même nous confiera qu’il a conscience de faire beaucoup d’erreurs mais qu’il reviendra un jour ici pour nous livrer une meilleure prestation. Bon, il n’y a pas trop d’illusion à se faire sur son retour à Paris : Il ne devrait pas pouvoir continuer à jouer bien longtemps…

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Pour un live-report de concert, je n’ai peut-être pas beaucoup parlé de musique mais comme vous l’aurez compris, il n’était pas vraiment question de « bonne musique ». A vrai dire, c’est l’un des pires concerts que j’ai vu dans ma vie. Je relativise simplement en me disant que je suis content de l’avoir vu de si près, même si ça ne ressemblait pas pour 1/10ème à la qualité des albums Cold Fact et Coming From Reality. Ce soir à La Cigale on était loin de la version idyllique que nous laisse le documentaire sur cet homme. En quelques années, de nombreuses choses ont changé et un tout autre documentaire pourrait être possible aujourd’hui. J’espère naïvement que derrière tout ça, il n’y a pas trop d’acteurs de l’industrie musicale qui en profitent pour s’en mettre plein les poches.