Live Report du festival Les Inrocks à Nantes

Si la qualité du magazine nous laissera toujours dubitatif, le festival des Inrocks s’est lui imposé de plus belle manière depuis maintenant 25 ans. Pour cette édition anniversaire, je me suis rendu aux deux derniers jours du festival les Inrocks à Nantes, dans la salle du Stéreolux qui accueillait son second festival les Inrocks depuis sa création.

D’emblée, nous regrettons dans cette programmation provinciale partagée à l’identique avec les lillois et toulousains que des groupes tel que Spiritualized, Alabama Shakes, Alt-J ou The Maccabees programmés à Paris ne soient de la fête. Et pour cause, sur le papier la programmation 2012 à Nantes peut laisser à désirer : The Vaccines & Kiwanuka en tête d’affiche respective de la soirée du samedi et dimanche. Les anglais étant accompagnés de Phantogram, Poliça et Electric Guest tandis que le dimanche propose The Bots, Wild Belle et Willy Moon avec Michael Kiwanuka.

SAMEDI ( Phantogram, Poliça, Electric Guest, The Vaccines)

Le samedi débute dans une salle qui ne tardera pas à être pleine avec Phantogram, seul groupe qui m’est encore totalement inconnu dans la programmation. La découverte n’en est que plus belle, l’electro-pop de ce duo électrise Stereolux en agrémentant notamment sa musique d’un très bon jeu de lumière, le meilleur de la soirée. Une chance pour nous puisque le groupe annulera son concert le lundi à Toulouse suite à l’extinction de voix de la chanteuse. Conquis, je me suis alors écouté leur dernier EP Nightlife les jours suivants : Le résultat en studio est moins probant. Ce qui semble confirmer que leur réussite en live doit en bonne partie à l’ambiance conférée par les jeux de lumières (et aussi au charme de la chanteuse).

La suite se passe avec Poliça, sans surprise pour moi puisque leur prestation est dans la lignée de celle au festival de Dour : Un style relativement proche de Phantogram, mais une musique davantage portée par la voix magnétique de la chanteuse, qu’elle accompagne de ses danses “ensorcelantes”. Notons que leur premier album est d’ailleurs une belle réussite, je préfère d’ailleurs ce groupe au calme chez moi plutôt qu’en concert, où l’on finit par s’y ennuyer un peu trop à mon goût. Bien que la faible durée des concerts (35-45 minutes) permettent d’être épargné de l’ennui. A moins d’être le groupe suivant.

Le groupe suivant, c’est Electric Guest. On en souvent entendu parler cette année, ces jeunes “garçons” ont semble t’il eu un assez gros succès cette année avec leur premier album Mondo dont le titre “This Head I Hold” est passé fréquemment sur les ondes. Je n’étais guère optimiste et m’était donc décidé à attendre les Inrocks sagement pour me faire un avis sur l’un des “buzz” de l’année. J’avais bien pour seul motif encourageant le fait que ce soit le légendaire Danger Mouse (Gnarls Barkley, Gorillaz, The Good The Bad & The Queen, etc) qui fut à la production de leur album.  Car le public n’incite qu’à plus d’inquiétude, beaucoup trop de jeunes adolescentes semblent les attendre. On s’attend alors à voir un groupe pour midinette. Et c’est le cas. Le groupe arrive sur scène avec pour leader un nain faisant office de chanteur. En faisant abstraction du dégoût que le groupe et leur musique inspire, Electric Guest a pour objectif de proposer une electro-pop dansante. Tout aussi insupportable que sa voix féminine : Les danses du chanteur avec les fesses à 20 cm du sol ainsi que la jouissance ressentie pour sa propre musique dès qu’il appuie sur une touche de son clavier. Un spectacle pathétique, et historique pour moi.

Si Electric Guest a fait terriblement chuter le niveau de cette journée, il ne faudra que quelques minutes à The Vaccines pour significativement le relever. Une trentaine de personnes prennent alors place dans les premiers rangs pour “pogoter” sur le rock des anglais. Si je n’ai jamais été véritablement conquis pa la voix du chanteur ni leurs albums studio que je juge plutôt “facile”, la prestation du groupe en live est dans la lignée de ce que j’avais pu en lire : Percutante, entraînante.  Presque parfaite. Leurs “hymnes” prennent tout leur sens en concert. Le chanteur très à l’aise comme le reste du groupe sait exactement comment s’y prendre pour chauffer la salle, mais ce sans jamais approcher le caricatural contrairement à un Alex Turner par exemple. Ici, le débordement d’énergie des membres est des plus naturels. C’est donc très agréable à voir. Puis il faut avouer que si on peut leur louer une grande qualité, c’est que la setlist est incroyablement homogène, sans réelle faiblesse. Même en n’ayant pas particulièrement écouté l’album “Come Of Age”, c’est de façon insoupçonné que je m’aperçois que les titres m’étaient déjà facilement rentrés dans la tête. Après leur prestation du soir, on comprend mieux comment ils en sont arrivés à être programmé en 2013 dans des lieux aussi grands que l’O2 Arena à Londres. Si leur succès devrait rester moins important en France, on peut s’imaginer que la prochaine fois qu’ils reviendront en France, leur seul nom suffira à remplir la salle Maxi de Stereolux, de la même façon que des Two Door Cinema Club ou Bloc Party aujourd’hui.

Une petite note “commerciale” pour finir : En plus d’être généreux sur scène, The Vaccines l’est aussi dans son merchandising. Ce qui donne un peu plus envie de les aimer encore. En exemple, la belle veste Vaccines vendue 35€ dont même la conversion en Euro est favorable (35£ en ligne sans les frais de port). Et plus intéressant, la version 2CD de grande qualité qui a accompagné la sortie de “Come Of Age” : L’album sur le premier CD, 17 titres enregistrés en live à Brighton sur le second, tout ça pour une quinzaine d’euros. En sachant que le tout est disposé dans ce qui prend la forme d’un petit livre cartonné proposant une dizaine de photos du groupes. Un contenu et packaging très soigné qu’on aimerait revoir tellement plus souvent.

DIMANCHE (The Bots, Wild Belle, Willy Moon, Michael Kiwanuka)

Sans grande surprise, le dernier jour des Inrocks a séduit beaucoup moins de monde. La salle semble au 3/4 vide tandis que la soirée de la veille affichait complet (soit 1 200 places vendues). Et le public n’est d’ailleurs plus du tout le même, beaucoup plus âgé : Presque aucun jeune, mais surtout des trentenaires/quarantenaires venus on l’imagine pour la révélation soul de l’année Michael Kiwanuka. Je me questionne alors sur le nombre de Pass 2 ou 3 jours ayant pu être vendu, probablement un chiffre dérisoire bien que cette année plus de libertés nous étaient laissées : Pas de bracelet et présentation du billet chacun des deux jours, permettant ainsi d’y aller le samedi et donner ensuite son billet pour le dimanche. Un constat en tout cas qui me confirme l’incompréhension que j’avais en voyant The Bots programmé aujourd’hui. Ces deux jeunes frères américains (le batteur a 16 ans, le guitariste/chanteur 18) ne sont effectivement pas du tout devant un public qui leur correspond ce soir et auraient eu bien plus leur place la veille avec les Vaccines, puisque leur rock est au moins aussi “lourd” que ceux des anglais. C’est vraiment dommage (à vrai dire, ça me désespère)  car cela aurait permis de faire découvrir cet excellent groupe a beaucoup de monde la veille. On parle quand même d’un groupe qui a déjà fait les premières parties de Blur en Angleterre.

Qu’importe, The Bots entre dans l’indifférence générale, bien loin de l’ambiance folle constatée à Rock en Seine (la meilleure que j’ai vu là-bas). Très décontracté, l’ainé ne semble pas rebuté en tout cas de jouer dans cet ambiance bien plus relax. Au contraire, si l’ambiance n’est pas dans le public, c’est alors lui qui va la faire. D’une énergie débordante, il joue son punk en courant aux quatre coins de la scène, grimpe sur un ampli derrière le batteur, saute un peu partout, fait une roulade arrière avec sa guitare, et rigole lui-même de ces “conneries” à la fin des morceaux. Et bien que le public ne soit pas le plus adapté, il apprécie le moment et ne peut que les féliciter par de longs applaudissements à chaque fin de chanson. A vrai dire, ces deux jeunes semblent prendre tellement de plaisir sur scène qu’on pourrait se les imaginer toujours aussi énergiques et heureux en se produisant à huis-clos. Ce qui serait un concept pour le moins étrange, il est vrai. Bref, c’est la seconde fois que je les vois et je n’en ressors qu’un peu plus séduit que je l’étais déjà. Le meilleur groupe de la journée vient de passer.

Ensuite, place à deux groupes qui jusqu’à présent n’ont pas montré grand chose sur le net : Wild Belle et Willy Moon. Sachez tout d’abord que si Wild Belle a été comparé à la nouvelle Lana Del Rey, c’est une comparaison stupide. Puisque quand nous parlons de Wild Belle, on parle d’un groupe et non d’une artiste solo. La ravissante chanteuse qui ne cachait pas son plaisir de jouer pour l’une de ces premières fois en France est en effet accompagnée de son frère (au synthé et à la trompette) ainsi que de deux autres membres. Et le groupe joue une musique sans grand rapport avec celle de LDR. On est ici dans des sonorités beaucoup plus reggae et ska. Et si on ne se laisse pas déstabiliser par le physique de la chanteuse et la tendresse qui se dégage chez elle, on ne peut objectivement que trouver ça un peu faible. Le groupe mérite néanmoins qu’on y jette un petit coup d’oeil en attendant leur premier album.

Après Wild Belle, place à l’égocentrisme de Willy Moon. Willy Moon, c’est un type aussi bien habillé que Don Draper qui joue du rockabilly avec la voix de Buddy Holly, les déhanchés d’Elvis Presley dans le corps de Dany Boon. A quelques détails près. Le reste du groupe, c’est une guitariste en combinaison moulante et une batteuse en soutif vulgaire. Il faut aimer, et c’est loin d’être mon cas. Même si on peut comprendre cette mise en scène qui est là pour accompagner ce rock des 50’. Le simple avantage que j’y trouverai est que les morceaux ne durent qu’entre 2 et 3 minutes. Donc même sans particulièrement aimer, au moins on n’a guère le temps de bloquer sur une chanson. Ainsi, le concert passe toujours un peu plus vite.

Pour clore ce festival, place à Michael Kiwanuka. Je suis un peu étonné à son arrivée de le voir avec pas moins de 6 autres musiciens. Une configuration scénique pas forcément à mon goût, avec des morceaux qui contrairement à Willy Moon donnent parfois le sentiment de durer une éternité (6-8 minutes peut-être ?), et deviennent donc emmerdant. On attendra plus d’une demi-heure pour le retrouver en acoustique, une configuration déjà plus émouvante et fidèle à ce que je m’attendais. Au final, le tout reste dans la lignée de son premier album : Je n’en ressors ni déçu ni vraiment subjugué. Peut-être en avais-je trop d’attente.