septembre 15

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Pitchfork Festival Paris: Les raisons d’un (futur) échec

Hier, Pitchfork annonçait de nouveaux noms pour son festival parisiens. Avant cela, on apprenait que de vendredi à lundi Pitchfork proposerait une réduction de 30€ sur les Pass. Un geste généreux, mais rarement apprécier dans le monde des festivals puisque l’achat précoce d’une place est plutôt perçu comme un geste de fidélité et soutien : On ne connait pas encore la prog’ qu’on leur donne déjà notre argent pour la financer. On a donc rapidement vu une vague de mécontents se plaindre de cette réduction qui donne forcément l’impression aux concernés de s’être fait avoir de 30€. Tout proportion gardée sur la vague de mécontents, puisque le Pitchfork Festival de Paris ne séduit pas et passe donc relativement inaperçu…

J’aurais bien pu m’intéresser au festival We Love Green, mais ces erreurs y sont tellement flagrantes que son cas est réglé en quelques minutes : Moins de 20 artistes sans aucune tête d’affiche pour 109€, l’échec est prévisible. Pour n’en citer que quelques : La présence de C2C, présent 9 reprises en festival (j’en ai fais 2, ils y étaient à chaque fois) cet été et qui ne tournent qu’en France le reste de l’année n’est d’absolument aucune plus valu. On peut sinon d’Electric Guest, un groupe au mieux sympa mais toujours « low-cost », et déjà présent un peu plus tard aux Festival les Inrocks, seul festival qui semble plutôt bien tenir son épingle du jeu parmi les festivals post-été.

Fin de la parenthèse We Love Green, je voulais avant tout partager mon opinion sur l’échec (probablement irrattrapable) du Pitchfork Festival Paris. Et rien de bien sorcier dans ces explications qui ne sont que pleines de bon sens. Malheureusement, Pitchfork semble parfois un peu s’écarter des réalités : Paris, ce n’est pas l’Amérique. Et si Pitchfork a un succès certain auprès d’une partie du public français, leur image en reste forcément moindre et ils ne peuvent donc pas communiquer sur un festival parisien à des français comme si nous étions américains. L’essentiel du problème se trouve donc là, sous différents points qui se retrouvent ci-dessous :

TROIS ERREURS DE COMM’ DU PITCHFORK FESTIVAL PARIS :

  • LE SITE OFFICIEL. Il aura fallu quelques temps avant que ce festival ait enfin son site officiel, où l’on puisse trouver des infos sur les groupes programmés. En terme de communication, ce n’est évidemment pas très sérieux. Et ça ne l’est toujours pas quand sa page principale nous mène qu’à de l’anglais : Sérieusement, ils n’ont pas UNE personne dans leur rédaction qui peut un tant soit peu poster en français ? Vraiment ? Ainsi, toutes les news sur le site du festival PARISIEN sont en anglais. Quand le site propose une offre « 5 Pass achetés 1 Pass Offert » (qui sera mon prochain point), là encore, on ne s’adresse pas aux français. Non, ça serait trop simple. On s’intéresse aux américains. Je ne dis pas qu’on a besoin de Google Traduction pour les comprendre, mais bon, il faut rester logique et s’adresser directement au public concerné…
  • LES REDUCTIONS. Avant d’annoncer une réduction de 30€, Pitchfork a donc « annoncé » (entre guillemets car leur communication est déplorable) une offre « 5 Pass achetés, le 6 ème offert ».  Tenez-vous bien : L’écart entre l’annonce de ces deux réductions ? Une journée. UNE JOURNEE. Certes, celle de 30€ ne dure que jusqu’à lundi. Pitchfork s’en justifie d’ailleurs sur Facebook comme une offre exceptionnelle à durée limitée. Comme si ça allait diminuer le sentiment d’avoir perdu 30€ à ceux qui ont déjà leur Pass.. Mais pour revenir à l’écart de jour entre ces deux offres, lancer une offre « le 6ème Pass offert » si proche d’une seconde bien plus intéressante, est-ce judicieux ? Non! Ça tue directement le peu d’intérêt qu’on pouvait porter à la première.  Trouver 5 amis intéressés pour y aller, à 110€ le Pass, ça ne se faisait pas en quelques heures. Le temps d’y songer avec des amis que le lendemain les gens prenaient connaissance d’une offre bien moins chiante pour tout le monde. Et surtout, sur deux jours consécutifs, la valeur réelle du Pass dans la tête des intéressés devient symboliquement non plus 130 mais 110€ au plus. Car qui va accepter d’acheter son Pass 130 € après ça ? Quelques fous, certainement, mais guère plus. Ainsi, Pitchfork se gâche directement une offre « 6 Pass pour 5 ». La laisser une ou deux semaines minimums avant de procéder à la seconde offre plus avantageuse n’aurait probablement pas été un mal plutôt que de discréditer la première dès le lendemain…
  • L’HEURE DES ANNONCES. Les responsables de la comm’ du festival ne sont pas encore au courant que Paris, c’est la France, un autre fuseau horaire que Chicago. Ils ne sont pas au courant que les américains, même avec la marque « Pitchfork » posé sur le festival, ils s’en cognent d’un festival à Paris. Ainsi, hier, l’annonce des nouveaux noms étaient prévues à 22h. 22H! Un vendredi, oui! Je me suis rapidement dit que c’était une heure idéale quand on veut tout foirer de A à Z et passer totalement inaperçu : A 22h, un vendredi, d’après vous, que font les gens ? 22 h à Paris, c’est 15h à Chicago. 15h un vendredi, une heure intéressante.. Vous regardez plutôt votre compte facebook (twitter, et autres) en milieu d’après midi après être rentré chez vous, ou en milieu de soirée ? Logiquement, plutôt vers 15h. Alors par curiosité j’ai voulu vérifier que j’avais raison de penser qu’ils étaient totalement cons. Je suis alors tombé sur un article de Forbes.com datant de 05/2012 qui de façon générale détaille les meilleures horaires pour partager du contenu Facebook & Twitter en étant lu. Et là, pas de surprise. En témoigne les schémas ci-dessous :

Note: Plus la couleur est bleue, plus Twitter & Facebook sont fréquentés. En noir, l’heure de l’annonce aux Etats-Unis, en rouge celle à l’heure française :

Twitter :

Facebook :

Conclusion : 22 heures en France un vendredi, c’est pratiquement le pire choix de la semaine à faire pour diffuser une annonce importante, mais bien l’une des meilleures à l’horaire américaine. Mon impression selon laquelle Pitchfork préfère faire une grasse matinée en restant sur leur créneau américain pour un festival FRANÇAIS semble donc se vérifier. Bref, on peut dire sans se tromper que le Pitchfork Festival Paris a une communication catastrophique. Alors certes, ce n’est qu’un début d’explication. Ensuite, il y’a bien évidemment le prix légèrement exorbitant du Pass et la programmation (surtout l’annonce de la veille) pour se charger du reste et décevoir tout le monde (Ou pas. Puisque tout le monde s’en fout). Cela dit, cela ne devrait pas m’empêcher d’y aller le Samedi pour Grizzly Bear, Cloud Nothings, Twin Shadow, Liars et les autres.