Live Report de Rock en Seine : Jour 3

Dernier du jour du festival, nous arrivons avant que l’accès à Rock en Seine soit ouvert et il ne faut alors pas beaucoup de temps pour constater que la majorité des gens présents aujourd’hui seront là pour un groupe en particulier : Green Day. Car si les deux précédents jours, les liens d’affections envers Placebo ou The Black Keys se faisaient encore assez discret, c’est loin d’être le cas en ce début d’après-midi :  Car aujourd’hui Paris n’est plus la ville de la mode. En effet, une bonne partie des festivaliers (20%?) ne se sont pas gênés pour revêtir leur plus « beau » t-shirt de Green Day. L’ouverture des « portes » est une autre façon de constater qu’aujourd’hui n’est pas un jour ordinaire à Rock en Seine. Quelques énergumènes courent, probablement pour aller directement se placer dans les premiers rangs de la Grande Scène.

Les belges de BRNS ont réussi leur entrée à Rock en Seine

De notre côté on se dirige comme toujours vers notre scène préférée, celle de la Cascade, pour y voir BRNS à 14h30. Et même un peu avant, puisque les membres du groupe profitent du soleil pour s’allonger comme bien d’autres devant la scène. Lorsque le show débute, on est alors bien loin de la fréquentation pour Speech Debelle hier en ouverture. Une fois de plus c’est un joli succès pour BRNS, venu défendre leur EP Wounded avec l’énergie qu’on leur connait. En témoignent d’ailleurs les longs applaudissements après chaque chanson et moi-même. Cette fois-ci je décide de rester jusqu’à la fin en ratant le début des excellents Bombay Bicycle Club.

On se dirige en toute hâte vers La Grande Scène pour en voir ce qu’il en reste à voir des Bombay Bicycle Club. Mon avis sur leur prestation est un peu moins positif que la première fois que je les ai vu. Cette première fois s’étant déroulé à Hyde Park, l’ambiance y était évidemment meilleur puisque le groupe est largement plus populaire dans son pays (et sa ville) natal(e). Ils auraient en effet toute la légitimité pour jouer jouer à 18h et plus à Rock en Seine. Mais outre cet aspect ambiance, la setlist (à moins que ce soit la qualité sonore?) me semble portée davantage vers le Rock que la Pop/Folk. Un sentiment appuyé par le fait que la chanteuse Lucy Rose se fait semble t’il moins présente.

On se remet à nos habituels va-et-vient en retournant ensuite vers la scène de la Cascade pour voir un petit bout de la pop californienne de Family Of The Year qui finit son set avant de refaire demi-tour pour les français Stuck in The Sound. Ce n’est pas qu’ils m’intéressent vraiment, leur album étant guère intéressant au delà du tube « Brother » mais c’est enfin l’occasion de jeter un coup d’oeil sur ces français que l’on retrouve partout depuis quelques temps. Et notre arrivée tombe bien puisque l’on arrive au moment du tube « Brother ». Puisque le temps presse toujours à Rock en Seine (il y’a Passion Pit qui se produit à la totale opposée dans moins d’une trentaine de minutes), on laisse peu de temps à Stuck in The Sound comme à d’autres pour nous séduire et nous faire rester un peu plus longtemps devant leur show. Et ce n’est certainement pas en voyant le chanteur s’enflammer en nous rappelant qu’ils étaient à l’Avant-Seine il y’a « seulement » 7 ans et qu’ils se retrouvent aujourd’hui sur la Grande Scène à 16h qu’on a particulièrement envie de leur donner plus de crédit.  C’est peut-être le fait d’être un groupe français qui veut ça, mais je suis toujours un peu mal-à-l’aise face aux groupes français qui déblatèrent des conneries pour mettre l’ambiance. Ceci dit, cela va très bien au public du jour et des premiers rangs puisque c’est la « journée des enfants » à Rock en Seine, Green Day oblige.

Passion Pit était attendu à Rock en Seine, et ils n’ont pas du tout déçu.

Alors on retourne dans le monde des adultes pour voir quelque chose d’un peu plus sérieux : Passion Pit, que je ne connaissais que vaguement jusque-là. Je n’en repartirai en tout cas pas déçu, les festivaliers présents sur la scène de la Pression Live (qui semble rarement décevoir dans sa programmation) ont le droit à une prestation enjouée et terriblement accrocheuse de la part des américains venus nous proposer un mélange des albums Manners & Gossamer. Vous pouvez retrouver un extrait plutôt parlant du concert ci-dessous où le groupe y interprète « Take a Walk », premier titre de la setlist. C’est l’un des concerts de la journée avec Grandaddy, que nous retrouverons un peu plus tard. 

Grandaddy, l’un des très bons moments de ReS

On file à nouveau direction la Grande Scène avec les Dandy Warhols. Et s’approcher de la scène n’est déjà plus très simple, alors on regarde de très loin, son moins bon en conséquence et yeux rivés vers les écrans géants. Dès lors, difficile d’être dans l’ambiance (si il y’en avait une, du moins?) en étant si éloigné. D’autant plus que j’ai un mal certain à apprécier les concerts quand c’est vers un écran géant et non une scène que je dois me tourner… Alors bon, j’écoute sans aimer ni détester avant le concert attendu de Grandaddy. Je ne vous cache pas que je n’ai appris son existence qu’un peu avant son annonce à Rock en Seine et que l’album Sumday m’a ensuite bien convaincu. Je m’y suis fait rapidement ma propre comparaison avec Eels, ce qui est très flatteur pour eux. Ces derniers interprètent leurs meilleurs titres avec à l’appui sur les deux écrans de la scène la diffusion de clips racontant des histoires en harmonie avec leur musique : aussi mélancolique qu’optimiste sans jamais tomber dans la facilité.

Après celle de Grandaddy, on passe à la mélancolie de Beach House tandis que Foster The People font déjà le plein à 20 minutes du début de leur concert. Les albums de Beach House me paraissaient déjà bien surcoté et leur prestation ne me fera pas changer d’avis. Je ne prends pas à leur pop mélancolique, ni à la voix de Victoria Legrand.   Tout le contraire du reste des festivaliers hypnotisés par leur musique. Mais pourquoi ? Ça, je ne sais pas et j’aimerais comprendre. Il n’est évidemment pas question de dire que je trouve ça nul, mais plutôt bon tout au plus. Et pourtant, c’est totalement concentré sur eux que je suis puisque Green Day ne risque pas de me presser à quitter la scène du duo californien.

Quand le concert de Beach House se finit, Green Day se rapproche alors de la moitié de leur set de 2 heures. On décide de regarder malgré nos préjugés négatifs, pour se faire une idée du pseudo concert « immanquable » de cette édition. Si on s’attendait à quelque chose de mauvais, nous restons surpris de constater que c’est pire que ce à quoi on s’imaginait. Mais l’horreur devant laquelle nous sommes à le mérite de nous divertir un peu. Nous n’avons pas tout les jours l’occasion d’assister à pareil « spectacle ». Pendant trente minutes, on assiste à un pitoyable spectacle. Billie Joe arrose le public, fait reprendre au public des « Hé Oh » à plusieurs reprises, cela n’a alors plus grand chose d’un concert. Dès lors, on ne s’étonne plus que Green Day ait été prévu pour 2 heures puisqu’en réalité, le groupe ne semble jouer réellement que la moitié du temps.

On assiste à diverses autres attitudes exaspérantes de Billie Joe. Quelques exemples en vrac : Il lève le pied en continuant à jouer de la guitare, ce qui à de quoi enflammer un peu plus le public car c’est vrai que c’est incroyable… Il reste une trentaine de secondes sans bouger n’y jouer avec toujours son même air de demeuré, c’est toujours ça de pris sur les deux heures théoriques de set. Ou alors il regarde la foule le visage immobilisé devant un public présent en masse façon « Wow,  tout ce monde pour voir notre groupe de merde. Vous êtes un public de fou! » quand il ne tombe pas carrément au sol. Une midinette au premier rang finira même par pleurer d’émotion devant son groupe préféré. Et pour satisfaire ce genre de fans, Billie Joe en invite quelques-uns à le rejoindre sur scène. Cela tombe plutôt bien, Green Day n’a de toute façon pas grand chose d’autres de prévues ce soir. Moi, je me rappelle que mon hôtel propose Canal + gratuitement, et que je ne serai certainement pas moins bien devant l’Equipe du Dimanche. Alors je quitte Rock en Seine, un peu dégoûté qu’une partie du prix des Pass ait servi majoritairement à financer la venue de ce groupe.

Mais Rock en Seine, sinon, c’est bien ? 

Pour le reste, je vais vous donner un rapide avis sur l’organisation de Rock avec les qualités et défauts que j’ai trouvé au festival, hors programmation. En principale qualité, l’organisation est excellente. Pas d’attentes à l’entrée, du confort absolument partout (beaucoup d’herbes, beaucoup d’arbres pour avoir de l’ombre et se protéger des éventuels pluies), on paye avec nos euros et même en CB, on a un choix très complet en nourriture et en plus c’est plutôt bon et pas vraiment hors de prix. Puis le prix du pass en soit n’est pas élevé. Maintenant, est-ce ça les qualités premières que l’on attend d’un festival ? Ces qualités font incontestablement plaisir, d’autant plus quand on a passé 5 nuits à Dour le mois dernier et que là-bas, c’est plutôt tout l’inverse sur ces points.

Mais en revanche on a une ambiance assez amorphe, sans charme, sans identité. La qualité sonore n’est pas forcément la meilleur, les chapiteaux de Dour permettent par exemple d’en tirer un bien meilleur son mais surtout, comme vous avez pu le lire quasiment tout au long de mon live report : Les groupes sont programmés à des horaires qui touchent toujours ceux d’avant et ceux d’après, les scènes sont gigantesques et extrêmement lointaines les unes des autres. Des défauts qui nous donnent l’impression d’autant marcher que de profiter des concerts puisqu’il faut toujours se résoudre sur la durée des sets déjà souvent courts à en rater les dix premières minutes et/ou les dix dernières. Plutôt gênant quand on sait que les artistes gardent leurs meilleurs titres pour la fin.

Cela reste certainement un festival intéressant car on a malgré tout apprécié mais avec un plaisir toujours gâché. Si il est important d’attendre que  la programmation complète tombe afin de s’éviter des mauvaises surprises, comme cette année avec trois têtes d’affiches dont je me serais bien passé au vue du résultat, il est encore de plus bon conseil d’attendre que les horaires de passages et l’attribution des scènes soient déterminés. Juste au cas où qu’on ne voudrait pas parcourir plus de 5 km dans la journée… Ce n’est pas que je sois feignant (les 4 jours dans la boue de Dour m’ont même semblé moins contraignant) mais devoir systématiquement rater une partie d’un concert qu’on aimerait voir, ça finit par agacer. On pourrait bien facilement se dire que ce n’est pas la mort, si seulement se résoudre à devoir rater le début d’un concert ne nous ferait pas systématiquement placer très loin de la scène sur le concert suivant. Il serait donc bon que Rock en Seine réfléchisse au repositionnement de certaines scènes, cela résoudrait déjà bien des problèmes pour tout le monde.